Le Fiori, passage obligé

La démocratie n’étant pas le fort des dirigeants de notre football, l’essentiel du débat contradictoire entre les animateurs des clubs se passe le plus souvent en dehors de tout cadre juridique organisé. Les cafés sont devenus le lieu de prédilection de joutes qui ne finissent jamais entre dirigeants, membres d’associations de soutiens ou simples supporters. On y fait et défait les comités au gré des sympathies et des animosités qu’on porte pour les uns et pour les autres. Le café « Le Fiori » se distingue particulièrement des autres lieux publiques pour ce qui est de la préparation de « coups d’Etat » au sein de certaines associations sportives, plus particulièrement le Wydad et le Raja de Casablanca.
Dans ce haut lieu de la médisance, on s’informe à la source, c’est-à-dire directement auprès de ceux qui font l’événement, entendez les comploteurs et les prestataires d’informations plus ou moins avérées. Ces gens se recrutent parmi les fines fleurs de toutes les laissés pour compte, des « has been » qui ne se reconnaissent que dans les situations conflictuelles.
Généralement, ils ont pratiqué le football à des niveaux différents allant de l’international au simple amateur. On y trouve aussi d’anciens dirigeants aigris et rejetés de partout. Ils sont passés maîtres dans les fausses rumeurs. Dans cet exercice, certains rajaouis brillent. À l’image d’un comité hétéroclite, ils se recrutent dans différents milieux de société casablancaise, sans distingo de classe sociale, d’appartenance ethnique ou de profession.
« Au « Fiori », on légitime les comités au gré des circonstances, l’enjeu n’étant que rarement la valeur et la qualité du dirigeant. On négocie les enveloppes et non les programmes. La méthode est rôdée au point où l’on peut tenir des Assemblées générales au « Fiori ». Dans ce café, on rencontre des ex-ministres, des ministrables, de hauts cadres et des chômeurs patentés. La clientèle habituelle du « Fiori » a conclu une sorte de pacte autour d’intérêts bien compris de tous, mais qui n’engagent les bénéficiaires que dans l’immédiat. Les alliances se font et se défont à la faveur de la crise du moment, quitte à la provoquer.
Pourquoi s’étonner dès lors de retrouver à la tête d’un club comme de Raja , c’est de ce club que nous parlons aujourd’hui, des dirigeants qui n’ont aucune espèce de légitimité. Le RCA est aujourd’hui dirigé par le directeur commercial d’une entreprise en liquidation judiciaire. Avant lui, il était l’otage d’un autre commercial, salarié de la Royal Air Maroc et auparavant d’un assureur. Entre les deux, on a eu affaire à un expert- comptable qui a eu la sagesse de s’investir dans le golf.
Derrière quoi courent ces gens au point de se laisser, à chaque match, insulter dans l’indifférence ? Ils ne réagissent jamais. On peut, à l’occasion, se faire démissionner. Mais, on ne démissionne pas.
Demander leur pourquoi ils s’accrochent à leur présidence, malgré la diffamation et les accusations. Et, qu’on ne vienne plus nous parler de militantisme sportif.
Beaucoup de gens pensent que l’enjeu est trop important pour s’attarder sur pareils scrupules. Même quand il s’agit d’honneur et de dignité. Il s’agit d’argent, bien sûr. De beaucoup d’argent. Il s’agit aussi de cartes de visite. Les opportunités offertes par le Raja méritent bien quelques concessions sur l’étiquette.
Au fait, pourquoi aucun effort n’est fait en direction des supporters, pour les éduquer, les rendre moins agressifs, plus citoyens et plus sportifs. Ce type de programme pédagogique ne figure pas dans les priorités de nos dirigeants.Le temps est peut-être venu de demander aux candidat-dirigeants de déclarer leur patrimoine à chaque élection. Peut-être aussi, faudrait-il établir un cahier des charges de gestion de club.
Et, pourquoi pas un code de déontologie du parfait dirigeant ?

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