Le FN ou la surenchère xénophobe

«Je me pose un certain nombre de questions. Je ne dis pas que les chambres à gaz n’ont pas existé. Je n’ai pas pu moi-même en voir (…). Mais je crois que c’est un point de détail de l’histoire de la deuxième guerre mondiale», a déclaré Jean-Marie Le Pen, invité de l’émission Grand Jury – RTL-Le Monde, en 1987. Candidat à la présidentielle de 1988, il réitère même quelques mois plus tard avec un nouveau dérapage contrôlé, le calembour «Durafour crématoire», du nom du ministre de la Fonction publique de l’époque.
Des propos qui révèlent un antisémitisme et un révisionnisme viscéraux, «des phrases malheureuses…», que l’auteur explique aujourd’hui par un majestueux : «je ne suis pas parfait ». (Le Monde, 3 février 2002). Parfait, Jean-Marie Le Pen est en effet loin de l’être. C’est lui qui fonde le Front national en 1972, avec pour thème principal – déjà – l’immigration.
Une constante, un commerce électoral qu’il manie avec autant de zèle que de conviction, au gré des scrutins. Le discours frontiste est en effet – et a toujours été – xénophobe dans le sens où il présente l’immigration comme la cause des difficultés économiques, sociales et finalement identitaires éprouvées par la France – celle dite «de souche». M. Le Pen n’a-t-il pas déclaré en 1986 : «la patrie n’est pas un bordel pour six millions d’immigrés» ? Sauf qu’à l’époque il n’y a que 4,2 millions d’immigrés, mais cela intéresse peu le leader comme les militants du parti. Son fidèle second (aujourd’hui dissident) dénonce même en 1991 le danger de la «disparition des races humaines par métissage généralisé». Ce à quoi le premier surenchérit en 1996 : «Oui, je crois à l’inégalité des races, oui bien sûr, c’est évident, toute l’histoire le démontre» (Université d’été du FN). Si ces outrances lui valent à plusieurs reprises des condamnations et des levées d’immunités parlementaires (notamment par la Cour européenne en 1988), M. Le Pen continue de discourir au point de joindre la parole aux actes. A commencer par lui-même lorsqu’il agresse le 30 mai 1997, à Mantes-la-Jolie (banlieue parisienne), la candidate socialiste Annette Peuvalst-Bergeal. La Cour de Versailles le condamne alors à trois mois de sursis et à un an d’inéligibilité.
Deux ans auparavant, la France bat mêmes tous les records et enregistre sept assassinats à caractère raciste. Le 22 février 1995, à Marseille, des colleurs du FN assassinent un jeune lycéen d’origine comorienne, Ibrahim Ali. Un «drame d’autodéfense», selon le leader d’extrême droite, qui sera suivi du meurtre du Marocain Brahim Bouarram, âgé de 29 ans, poussé dans la Seine par des skinheads originaires de Reims venus participer au défilé du FN, le 1er mai à Paris. Là encore, M. Le Pen ne condamne pas, il se contente de parler d’un « incident ». Et 15 % des Français lui apportent en cette année sombre leurs voix lors de l’élection présidentielle. Pire, cinq mairies tombent entre les mains du parti d’extrême droite lors des municipales de juin. Sous couvert de protection identitaire et sécuritaire, le Front national a donc su développer une stratégie d’incitation à la haine que ni les coalitions républicaines, ni les associations de lutte contre le racisme, ni la scission du Front national, n’ont pas encore réussi à faire taire.

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