Le gouvernement de Abbas El Fassi fait-il encore l’affaire ?

Le gouvernement de Abbas El Fassi fait-il encore l’affaire ?

L’opération d’élection du président de la Chambre des conseillers a remis sur la table la question de l’instabilité de la majorité gouvernementale. Que des membres de la majorité aient voté pour le  candidat de l’opposition, le secrétaire général du PAM, Mohamed Cheikh Biadillah, a ressuscité la polémique. L’homogénéité de la coalition gouvernementale dirigée par Abbas El Fassi est plus que jamais remise en question, à tel point que de plus en plus d’observateurs appellent au remaniement de la majorité. Les réactions recueillies par ALM rendent compte de la divergence des points de vue (voir entretiens ci-après). Le secrétaire général de l’Union constitutionnelle, Mohamed Abied, a mis l’accent sur l’incohérence de la coalition gouvernementale actuelle. «Nous avons dit dès le départ que la coalition gouvernementale actuelle ne tiendra pas la route, vu sa composition hybride. Nous nous sommes positionnés dès le départ dans l’opposition parce que nous ne sommes pas d’accord avec le programme de la majorité», a affirmé le dirigeant de l’UC, ajoutant que la majorité gouvernementale n’est pas cohérente parce qu’elle est composée inutilement de plusieurs couleurs politiques. «On a dit à maintes reprises que le temps du «consensualisme» et de l’amalgame est révolu», poursuit-il. Le secrétaire général-adjoint du Parti de la justice et du développement, Abdellah Baha, va encore plus loin en affirmant que même si un remaniement ministériel aurait lieu il n’aura pas un grand impact politique. Il est question, selon lui, d’une réforme globale de la situation politique. «La question du remaniement de la majorité n’est qu’une question partielle et relative. Le problème ne réside pas à ce stade-là. Il suffit de revenir au point de départ du gouvernement pour constater que la majorité sur laquelle il s’est basé était en réalité une minorité politique», a-t-il expliqué à ALM. Selon Abdellah Baha, il est temps pour l’ensemble «des acteurs politiques de se poser la question de savoir si on veut continuer de faire du bricolage ou bien rompre avec cette pratique pour faire de la vraie politique». Mais si les partis de l’opposition sont de cet avis, il n’en est pas de même pour les partis formant la coalition gouvernementale. Joint par ALM, Ismaïl Alaoui, secrétaire général du Parti du progrès et du socialisme, a précisé que la question du remaniement ministériel relève de la compétence de SM le Roi. «La question d’un éventuel remaniement n’intervient pas d’elle même et ne se commente pas à partir du moment où elle relève de la compétence du Souverain. C’est SM le Roi qui est en mesure d’apprécier les rapports de force entre les partis politiques et décider ainsi du remaniement s’il estime que le gouvernement n’a plus la majorité», a expliqué M. Alaoui.
Les autres dirigeants des partis de la majorité, joints par ALM, se sont abstenus de faire des commentaires sur la question, en évoquant le fait qu’un éventuel remaniement de la majorité n’est nullement à l’ordre du jour. En dehors des positions de la majorité et de l’opposition, le politologue Mohamed Darif apporte son éclaircissement. Il affirme, au-delà de ce qui a été dit, que le remaniement ministériel, une démarche technique demeure une possibilité. «Dans l’état actuel des choses on est loin du changement du gouvernement, mais le remaniement technique reste une possibilité», a expliqué cet universitaire. L’improbabilité du changement du gouvernement se justifie, selon M. Darif, par trois arguments essentiels. Il affirme que le discours royal du 20 août 2007 constitue «un engagement explicite et une garantie pour le gouvernement».
La deuxième raison se rapporte à l’engagement du Souverain à respecter la méthodologie démocratique et le troisième facteur c’est que le Souverain a renouvelé, à maintes reprises sa confiance au gouvernement Abbas El Fassi. Donc autant d’arguments qui mettent, selon Mohamed Darif, la coalition gouvernementale à l’abri du changement du moins d’ici les élections législatives prévues en 2012.

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