Le gouvernement Youssoufi tire sa révérence

Le six septembre 2000. S.M. le Roi Mohammed VI procède au remaniement du gouvernement dirigé par Abderrahmane Youssoufi. Le gouvernement Youssoufi 2 est né et c’est ce même gouvernement qui a continué la gestion des affaires publiques jusqu’à aujourd’hui, avec de petits aménagements. Au début, il y avait eu le référendum constitutionnel de 1996. Il prévoit deux Chambres au Parlement. Adopté par consensus, il a ouvert la voie à une éventuelle participation de l’opposition d’alors aux affaires.
Le 8 décembre 1997 a connu l’élection de la deuxième Chambre, celle des conseillers, alors que presqu’un mois auparavant, le 14 novembre, la première Chambre a été élue au suffrage universel. Une nette avance de l’USFP, suivi de l’Istiqlal et du RNI. Le 4 février 1998, feu S.M. le Roi a désigné le Premier Secrétaire de l’USFP au poste de Premier ministre, Abderrahmane Youssoufi. Les tractations allaient durer quarante jours pour que les Marocains découvrent un gouvernement de quarante ministres, annoncé le 14 mars 1998.
Cette longue attente a émoussé l’enthousiasme de départ, certes, mais elle a aussi été un signal fort sur les problèmes que ce gouvernement allait rencontrer. Sur le plan strictement partisan, le gouvernement Youssoufi réserve 14 postes à l’USFP dont un ministre délégué et quatre secrétaires d’État. L’Istiqlal hérite de six portefeuilles dont un ministre délégué et un secrétaire d’État. Le parti d’Ahmed Osman, le RNI, obtient six postes dont un secrétaire d’État. Le PPS récupère un ministère et deux secrétariats d’État. Mahjoubi Aherdane, l’Amghar du MNP, place trois ministres dont un ministre délégué et un secrétaire d’État. Thami Khyari du FFD obtient un poste pour lui-même, ministre délégué, plus un secrétariat d’Etat. Le PSD, finalement obtient un ministère délégué. La liste du premier gouvernement d’alternance a une allure expérimentale. Le remaniement du 6 septembre a réduit le nombre de portefeuilles ministériels. On est maintenant à 33 ministres. On avait interprété cette réduction pour, dit-on, plus d’efficacité et moins de lourdeur. Et justement, c’est sur ce volet-là que le gouvernement a le plus de retard à rattraper. Il est sûr que les grands projets bien martelés notamment par l’USFP et l’Istiqlal du temps de la Koutla rayonnante, du temps de l’opposition, ces grands projets là n’ont pas vraiment vu le jour. On a vu par contre comment Omar Azziman, ministre de la Justice n’a pas pu mener à terme ses idées sur la réforme de son département. Et surtout son assainissement. On a vu comment l’enseignement n’a pas connu les chantiers de réforme espérés. Et pourtant l’enseignement, vivier traditionnel de l’USFP, n’a pas été du ressort de ce parti dans le gouvernement. Peut-on dire que l’art du pouvoir met au défi de passer du « y a qu’à » à la mise à l’épreuve de ses propres idées? La corruption, les abus de pouvoir, les trafics et autre dilapidation de deniers publics, des maux qui n’ont pas été réglés.
Peut-être qu’on n’a pas connu de nouvelles affaires, mais l’éclatement des anciennes et leur traitement laissent dire que le gouvernement n’a pas eu suffisamment de courage pour aller jusqu’au bout dans ses projets. Il faut dire ici que la nature même du gouvernement n’a pas facilité la tâche. Il faut dire aussi que les coups bas de n’ont pas manqué. Mais il faut surtout relever que malgré les contraintes, malgré les dissonances, malgré le poids du passé et du passif, Abderrahmane Youssoufi a su mener à bon port une expérience d’alternance sur laquelle personne ne misait fort.
Personne ne pouvait en 1998 assurer sans l’ombre d’un doute que la coalition de sept partis en plus des ministres de souveraineté n’allait pas donner lieu à un gâchis monumental. Le tact, la doigté et le sang froid de Me Youssoufi ont permis au gouvernement de durer, une gageure, et à des plans de réforme de voir le jour, un défi et à assurer une transition que personne n’attendait. Et cela sans grands dégâts.

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