Le Jihad par le passeport

Le Jihad par le passeport

«Prends part au Jihad avec ton passeport et ceux des autres ». C’était un conseil du Cheikh des «Marocains Afghans», Ahmed Rafiki, alias «Abou Houdaïfa», condamné, vendredi, à 10 ans de réclusion criminelle, à Yassine Lamlasse, condamné à la même peine. Ce dernier souhaitait rejoindre ses «frères» en Afghanistan pour le Jihad. Ahmed Rafiki l’a mis en garde en lui disant que les circonstances ne s’y prêtaient pas. Il lui a donc proposé une alternative : les passeports comme moyen de Jihad. Une idée qui s’avère très facile à réaliser pour les «takfiristes», qui légalisent tous les moyens leur permettant d’accéder au Jihad. Yassine Lamlasse, 24 ans, prothésiste, s’est engagé aussitôt dans ce circuit complexe. Première étape : il a pu obtenir un visa pour l’entrée en territoire iranien. Ensuite, il s’est adressé à Abou Houdaïfa pour lui livrer son passeport. Troisième étape: il a fait une déclaration de perte auprès des autorités compétentes. Enfin, il a reçu un nouveau passeport immatriculé sous le numéro : P 081310, livré en date du 16 décembre 2002. Ensuite, rebelote : il a livré ce deuxième passeport à Ahmed Rafiki. C’est un succès pour ce dernier, qui l’a encouragé à poursuivre plus loin dans le Jihad en participant au soutien logistique de ses «frères» qui devaient quitter l’Afghanistan et circuler librement ailleurs, sans être repérés ou inquiétés par les autorités des pays qu’ils traversent. Absorbé par le rêve du paradis, Yassine n’a pas hésité à emprunter le chemin tracé par Abou Houdaïfa. Il a contacté ses amis, adeptes de la Salafiya Jihadia, pour les inciter au Jihad par le passeport. Younes Hazate, l’un de ses amis du même courant, électricien de 24 ans, lui a donné son passeport et promis de lui en trouver d’autres. Effectivement, pour ce courant qui excommunie la société, l’appropriation des biens des mécréants est licite. Au nom de cette fausse croyance, Younes Hazate est arrivé à délester deux passeports, qu’il a remis à Yassine Lamlasse. C’est un exploit pour lui puisqu’il a participé au Jihad qui lui assure une place au paradis ! Ahmed Rafiki, alias «Abou Houdaïfa» n’était pas le seul «Marocain Afghan» constituant un lien entre les «Moujahidine» sur le front en Afghanistan et ceux qui, au Maroc, se contentent de participer au Jihad par le soutien logistique. Saleh Zarli, condamné dans le dossier de l’ «émir de sang», Youssef Fikri, à la peine de mort était l’un d’eux. Il a déjà envoyé quatre passeports à ses «frères» qui avaient fui la guerre en Afghanistan à destination de la Malaisie. Ce «Marocain Afghan» avait reçu trois passeports de Mohamed Damir, condamné également à la peine de mort. Ces trois documents administratifs ont été volés repectivement à un Espagnol, un Français et à un Marocain. Il les a revendus à Khalid Semmak, condamné dans le même dossier à 10 ans de réclusion criminelle, pour la somme de 6.500 dirhams. Ce dernier les a remis à Rachid Saâdouni, condamné à 10 ans de réclusion, qui s’est chargé de les livrer à un ressortissant saoudien répondant au nom de Bilal. Ce qui est étonnant est que les « Marocains afghans » ont constitué un réseau pour le soutien logistique des Afghans en leur envoyant des passeports marocains loin des yeux des autorités. Non pas durant une seule année, mais durant une dizaine d’années.

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