Le long chemin de la réconciliation

Rares sont les mouvements de libération qui se sont trouvés, moins de quatre années après l’indépendance de leur pays, à l’écart de la sphère de la gestion des affaires publiques. L’USFP est un de ces mouvements. Né d’une scission au sein du Parti de l’Istiqlal, en septembre 1959, le parti de Mehdi Benbarka, qui allait prendre le nom de l’Union nationale des forces populaires, le 25 janvier de la même année, s’est constitué grâce à la conjugaison des efforts de quatre sensibilités socio -politiques. Ses anciens résistants et membres de l’Armé de libération nationale accordaient une grande importance à la continuité de la lutte armée pour le parachèvement de l’intégrité territoriale.
De surcroît, ils affichaient des réserves sur les résultats des accords d’Aix-Les-Bains, conclus entre les nationalistes marocains et les forces coloniales, et se proclamaient en tant que continuité du M.L.N (Mouvement de libération national). De leur côté, les syndicalistes de l’UMT, voulaient arracher le plus d’acquis possible et ramener le parti à devenir un simple bouclier, à la merci du bon vouloir de la cause « ouvrière ». Depuis la destitution du gouvernement Abdellah Ibrahim, en mai 1960, Mehjoub Benseddik, S.G. du syndicat précité, n’a jamais cessé d’appeler à la constitution d’« un gouvernement national qui bénéficie de la confiance de la classe ouvrière». Le troisième courant formé de ceux qui ont abandonné le PDI (Parti de la démocratie et de l’indépendance) pour rejoindre la nouvelle formation politique, voulait attirer le parti vers les labyrinthes de l’action participative au gouvernement.
Enfin, le quatrième groupe, qui était conduit par Mehdi Benbarka et Abderrahim Bouabid, cherchait constamment à gérer ces contradictions tout en privilégiant la voie politique dans le règlement des différents problèmes.
A partir des années soixante, l’UNFP vécut dans un tourbillon de tiraillements intestinaux et d’un rapprochement constamment ina-chevé au palais. Au départ du groupe du PDI (Ahmed Bensouda et Abdelhadi Boutaleb, notamment), avant la Constitution de 1962, et à l’extinction progressive de la pesanteur des anciens résistants, particulièrement depuis le décès de Cheikh El Arab, en 1964, s’ajoutent les conflits entre des cadres du parti et les dirigeants de l’UMT. Tout cela dans un contexte politique marqué par la confrontation avec les autorités et la répression. Au début des années soixante-dix, suite à l’échec des deux tentatives de coups d ‘Etat et de celle menée, à partir de la Libye et d’Alger, en mars 1973, le pays a vu apparaître les prémices d’un nouveau consensus national.
Déjà débarrassée de ses ailes putschistes et « anarcho-syndicalistes», le 30 juillet 1972, l’UNFP se transforma en USFP, en janvier 1975, à l’issue de son congrès extraordinaire. L’affaire du Sahara marocain a permis aux uns et aux autres de chercher un nouveau terrain d’entente.
Un long chemin de réconciliation fut, donc, entamé sur la base d’une ouverture politique amorcée sous l’appellation du processus démocratique. Mais, entre temps, des radicaux quittent le parti pour constituer leur propre formation politique. Le second pas franchi, le 4 février 1998, date de la nomination, par feu Hassan II, de Me Abderrahman Youssoufi, à la tête du gouvernement d’alternance, cons-titué le 14 mars, précipita le départ des minorités contestataires au sein de l’USFP. Le VIème congrès du parti devait consacrer le fait accompli.

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