Le Maroc a sa «feuille de route»

Le Maroc a sa «feuille de route»

ALM : Quelle lecture faites-vous du discours du Trône ?
Hassan Chami : Les grands thèmes du discours du Trône répondent parfaitement aux attentes de développement d’un Maroc tolérant dont les citoyens s’expriment sans se déchirer. Le discours royal de mercredi dernier était d’ailleurs très attendu vu les derniers événements que notre pays a vécus. SM le Roi a mis l’accent sur les principes de tolérance et de paix de notre Islam sunnite, comme le confirment nos traditions malékites séculaires. La société marocaine est une société ouverte qui a combattu le racisme, l’intolérance et l’obscurantisme. Et ce n’est pas une poignée de terroristes, imbus d’idées qui ne sont pas les leurs qui changeront cette donne, principe de base de notre identité.
Lors de son discours, le Souverain a également pointé du doigt l’absence des partis de la scène politique nationale et le manque d’efficacité qui caractérise leur action. Qu’en pensez-vous ?
La construction d’un Maroc moderne est la responsabilité de tous les Marocains, en particulier le tissu associatif. Partis politiques, associations caritatives, associations de quartiers… toutes ces composantes doivent assurer pleinement leur rôle dans le développement de notre pays. C’est leur raison d’être. Autrement, ils n’ont pas de droit de cité. Parce qu’il s’agit avant tout du Maroc que nous laisserons aux générations futures, à nos enfants. Un Maroc qui devrait être immunisé contre toutes formes de dérives, qu’elles soient religieuse, politique, économique, sociale ou culturelle. Nous nous sommes dérobés pendant longtemps de nos responsabilités. Il est grand temps de remédier à cet état de fait. Et c’est dans cette optique que le discours du Trône a interpellé tous les Marocains pour qu’ils assument leurs responsabilités pour la construction d’une société démocratique, dans laquelle les forces politiques jouent le rôle qui leur incombe de jouer.
Qu’en est-il du troisième volet sur lequel SM le Roi a beaucoup insisté, à savoir l’éradication de la pauvreté et la mise à niveau du système éducatif ?
Le plus tristement remarquable dans l’évolution de la société marocaine est qu’elle avance actuellement à deux vitesses. Le symbole en est la nature même des constructions qui ont lieu. On assiste d’une part à la création de grandes bâtisses, ultramodernes. De l’autre, et simultanément, on ne peut que décrier la prolifération criarde des bidonvilles. Ce qui est très grave. Ce qui l’est encore plus, c’est que la richesse au Maroc n’en crée pas d’autres. Autrement, on crée des riches, sans création de richesses. Le problème ayant deux dimensions, à savoir sociales et économiques, il nous faudrait tout d’abord user de plus de fermeté à l’encontre du laxisme et de la complicité de l’appareil administratif dans la dégradation de nos paysages urbains. Nos efforts doivent ensuite se mobiliser pour la création de richesses qui profitent non seulement aux chefs d’entreprise mais aussi, et surtout, à toute la société. Malheureusement, nous sommes toujours dépendants d’une économie de rentes qui, par définition, limite les richesses entre une poignée de gens, sans répercussion aucune sur les masses. Cette logique doit impérativement céder la place à la libre initiative, à l’octroi de plus de facilités aux entrepreneurs, notamment les jeunes. Les mots d’ordre qui régissent la vie économique doivent être responsabilité et action.
Sa Majesté a également insisté sur la nécessité d’établir un contrôle de la gestion publique. En pratique, comment peut-on rendre effective cette démarche?
Les choses sont désormais claires. Aucun organisme public ou privé ne peut se prévaloir de jouir d’une impunité, quelle qu’en soit la forme. Même l’administration, celle qu’on dénommait la Grande Dame qui ne supportait ni critiques, et qui rendait encore moins des comptes, connaît actuellement de réformes allant dans le sens d’un véritable assainissement. Plusieurs sociétés nationales sont en redressement. Celles qui n’assurent pas à la perfection leur rôle seraient amenées à disparaître. La responsabilisation de l’appareil est un fait. En témoigne la dernière réalisation en date, et qui a trait aux délais de paiement des arriérées de l’administration. Cette dernière est dorénavant tenue de régler ses dus dans un délais ne dépassant pas 90 jours. Un exemple parmi tant d’autres des chantiers à mener d’urgence.

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