«Le Maroc doit adopter une seule ligne de conduite»

«Le Maroc doit adopter une seule ligne de conduite»

ALM : Après le vote par la quatrième commission de l’Assemblée générale de l’ONU d’une résolution sur le Sahara, les observateurs parlent d’une « victoire diplomatique » pour le Maroc. Jusqu’à quel point est-ce vrai ?
Dr El Hassane Boukentar : Je préfère plutôt dire que c’est un échec de la diplomatie algérienne. D’abord en raison du score qui a été réalisé. Seuls 52 pays ont voté en faveur de la résolution algérienne, alors que 89 pays se sont abstenus et 50 n’ont pas pris part au vote.
Ensuite c’est un échec d’une approche que l’Algérie a voulu en quelque sorte imposer en essayant de pérenniser le plan de règlement du conflit proposé par James Baker, ex-représentant spécial du secrétaire général de l’ONU pour le Sahara.
Un plan, il faut le rappeler, qui a été rejeté par Rabat. Le secrétaire de l’organisation onusienne a essayé de trouver une solution qui serait acceptée par toutes les parties avec une volonté de mettre fin à ce problème. C’est là où est apparue la tentative algérienne de changer la trajectoire que prenaient les choses sous l’égide même de l’ONU. On peut même dire qu’elle a défié l’ONU et le Conseil de sécurité, en soumettant au vote son projet de résolution. Ce faisant, l’Algérie a brisé le consensus qui a toujours caractérisé l’adoption des résolutions concernant cette question. Le problème semblait beaucoup plus proche d’un dénouement final et le Maroc a donné plus d’un signe qu’il soutenait sérieusement une solution politique acceptable par toutes les parties, tout en se soumettant à la légalité internationale. Ce qui a apparemment perturbé les calculs de l’Algérie. Il ne faut surtout pas oublier que la quatrième commission est, notamment chargée des questions de décolonisation.
Plusieurs pays sur le vote desquels l’Algérie comptait se sont abstenus. Comment traduire cet état de fait ?
A mon avis, il faudrait dire que le vote concernait plutôt l’approche que le contenu ; je crois que ces pays étaient contre l’approche algérienne, lorsqu’ils se sont abstenus. Cependant, en ce qui concerne le contenu, je pense qu’il serait prématuré de faire des conclusions. Il va falloir d’abord attendre les prochains rapports de l’envoyé spécial de Kofi Anan. Autrement dit, il faut voir les nouveaux éclairages apportés par Alvaro de Soto et par là même voir comment les Etats en question vont se comporter.
Nous sommes dans une nouvelle situation de « wait and see ». Jusqu’à quel point « Le plan Baker » sera modifié ou annulé ? Est-ce que l’approche Alvaro de Soto sera apparentée ou différente de ce plan et un tas de questions auxquelles il va falloirs attendre pour en connaître la réponse.
Quelle attitude devrait adopter le Maroc à partir de ce qui vient de se passer, suite au vote de la quatrième commission ?
Personnellement je considère la future attitude de notre pays comme suit.
Le Maroc doit désormais adopter une seule ligne de conduite caractérisée d’abord par une extrême vigilance.
La diplomatie marocaine doit poursuivre son travail, voire redoubler d’efforts pour contrer toute tentative de revirement de situation. Ceci d’une part.
D’autre part, la même diplomatie doit focaliser son travail d’explication de la position marocaine en démontrant l’engagement réel du Royaume en ce qui concerne l’approfondissement de la démocratie locale, des principes de la régionalisation capables d’intégrer le Sahara dans le tissu économique nationale.
Ce serait un message adressé à tous les Etats, qui expliquerait que le Maroc est déterminé, que le Maroc est sérieux et motivé par des raisons économiques et une politique basée sur le développement durable.
Et l’ONU dans tout cela ?
Nous avons besoin de l’ONU qui est une organisation impartiale. A mon propre sens, je considère que nous avons intérêt à consolider davantage le rôle de l’organisation onusienne pour trouver le canal qui conduit à la sortie de ce problème que l’Algérie semble vouloir faire perdurer depuis 1975.
Le Maroc doit continuer d’oeuvrer pour une solution acceptable et finale, pour s’atteler à la construction du Maghreb arabe et parer aux défis régionaux et internationaux qui se présentent à l’horizon de la mondialisation.
Je crois que, plus le Maroc crédibilise sa position envers la solution politique et acceptable, plus la communauté internationale adoptera sa vision des choses, compte tenu de sa rationalité et sa justesse.

loading...
loading...

Articles similaires

Laissez un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *