Le Maroc en liesse

Le Maroc en liesse

Il est 16h passées ce dimanche 8 février, au rond-point Mers Sultan, à Casablanca. Les rues sont désertes. Il n’y a pas âme qui vive, à part quelques taxis dont le bruit fait aussi le seul signe de vie. Au fur et à mesure que l’on s’approche d’un café ou d’un bar de ce quartier, d’autres bruits se font entendre. Ceux des supporters marocains amassés dans des espaces plutôt réduits, parfois malfamés, pour partager un match aussi attendu que décisif. Chemin faisant, la rencontre suivait son train. La place publique où une multinationale coréenne d’électroménager avait gracieusement installé un écran géant est bondée. Pas tout au long de la rencontre puisque, au premier but encaissé par l’équipe nationale contre l’Algérie, la déception a contraint plus d’un à ne plus regarder la suite de la rencontre, dont il ne restait plus que quelques minutes. La défaite était annoncée. L’équipe nationale, malgré la large offensive qu’elle menait, n’arrivait toujours pas à inscrire de but. Tristes ou en colère, les centaines de supporters avaient, un par un, commencé à quitter les lieux.
Certains étaient déjà bien loin quand une véritable marée de hurlements et de cris a commencé. Dans un bar avoisinant la place, des chaises étaient lancées à l’extérieur, les signes d’une véritable émeute se faisaient sentir. C’était sans savoir que l’équipe nationale avait, à la toute dernière minute de la rencontre, marqué le but de l’égalisation. La passivité qu’inspire la défaite dans ce type de circonstances s’est vite mue en une célébration de l’égalisation.
Haletants, ceux qui avaient quitté sont revenus, tout comme l’espoir de faire se chavirer le cours d’un destin qui s’était, quelques minutes auparavant, acharné de bien des manières contre les Lions de l’Atlas qui jouaient comme si c’était le dernier match de leur vie.
Le match pouvait enfin continuer. Infatigables, les Lions de l’Atlas n’ont cessé de multiplier les tentatives d’atteindre les filets adverses. Des tentatives qui donnaient des sueurs froides aussi bien aux Algériens, épuisés par un match et une équipe nationale dont ils ignoraient les limites, encore moins les talents et compétences. Déçus par des tentatives vouées à l’échec, les Marocains de Zaki n’en ont pas moins multiplié le forcing. Jusqu’à ce qu’un deuxième but s’en suive. La foule se déchaîne à ce moment. La joie n’a pas de frontières. Accolades, signes de victoire, exclamations ont été désormais les seuls mots d’ordre. Alors que l’on craignait toute contre-attaque algérienne qui aurait tout remis en question, une sortie de l’équipe nationale a été synonyme de coup de grâce. Un troisième but. Une victoire sans appel. Une qualification assurée et bien méritée. Et surtout, la surprise. Une belle surprise qui a fait se déchaîner un peuple en mal de bonheur. Le bonheur de voir le Maroc gagner…enfin. Les éclats de joie étaient indescriptibles. Une joie mêlée d’une arrogante fierté. Et il y avait de quoi. Ce qui s’est passé ce jour-là dans cette place publique n’est qu’un petit modèle de l’ambiance qui a régné dans tout le pays. Juste après le sifflet de la fin, les foules sont sorties dans les rues.
A travers tout le pays, les klaxons de la circulation ont rompu avec leur caractère nuisible pour en arborer un autre. Celui d’une joie que l’on exprime par tous les moyens dont on dispose.
Les images, généreusement transmises par la première chaîne nationale, (TVM) ont suffi à refléter une célébration nationale d’une victoire à laquelle tous les Marocains se sont identifiés. Le héros du jour n’était autre que le sélectionneur national, le persévérant Baddou Zaki, qui a eu droit à des félicitations toutes aussi massives que sincères. Méritées aussi. A Fès, Marrakech, Agadir, Laâyoune, Marrakech, Tanger, Rabat comme à Casablanca et les autres villes marocaines, le temps était à l’expression de la fierté d’être marocain. Les marées de foules, bien maîtrisées par ailleurs par les forces de l’ordre, aussi bien préparées à ce genre de manifestation que performants sur le terrain, s’y sont données à coeur joie.
Une circulation bien gérée, des célébrations sans dégâts, une jubilation sans limites. Ne serait-on pas en train de gagner le pari de la civilité, en même temps que celui de la CAN 2004 ?

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