Le ministre belge de la Justice annonce l’ouverture d’une enquête sur les relations entre les services secrets de son pays et Abdelkader Belliraj

Les remous suscités en Belgique au sujet de l’affaire «Belliraj» n’en finissent pas de livrer des secrets. Ce n’est plus seulement une affaire de polémique entre la section antiterroriste et les renseignements, – auprès desquels «Abdelkader Belliraj» prenait du service, en contrepartie de rétributions sonnantes et trébuchantes -, bien d’autres responsables, au gouvernement fédéral comme au Parlement, se saisissent de cette «affaire» au parfum de scandale. Mardi dernier, c’est le ministre belge de la Justice lui-même qui est intervenu devant le Parlement. Lors de cette intervention, Jo Vandeurzen n’a pas été en mesure de confirmer, ni d’infirmer, les propos rapportés par les médias bruxellois, qui avaient révélé que «Belliraj», – aujourd’hui en détention à la prison civile de Salé -, était «un informateur rémunéré des services de renseignements belges». Le responsable du département de la Justice a invoqué un article de la loi,  pour expliquer son attitude. Il a toutefois jeté la «pierre» aux services de renseignements de son pays, en leur reprochant de ne pas avoir «communiqué ses informations au pouvoir judiciaire». «Il ne sert à rien d’avoir des méthodes particulières de recherche si la Sûreté ne communique pas ses informations au pouvoir judiciaire», a précisé le ministre de la justice, cité par l’agence de presse «Belga». Vendredi dernier, le ministre avait exprimé ses «inquiétudes» quant à «l’efficacité du travail de renseignement» de son pays. Au sujet du contrôle de la Sûreté, il a indiqué qu’une commission sénatoriale est chargée du suivi des activités des services du renseignement, précisant que le travail de cette commission se tient à huis clos. Le même responsable a rappelé avoir «chargé le comité permanent de contrôle des services de renseignements d’une enquête à ce sujet», assurant devant les députés qu’il «en tirera les conclusions, notamment en ce qui concerne la circulation des informations». Lundi 3 mars, une équipe de six responsables de la section antiterroriste de la police fédérale était arrivée à Rabat, avec pour but «un échange d’informations» sur le lourd passif de Belliraj révélé par les services de la Sûreté nationale, à la suite du démantèlement du réseau incriminé, le 18 février dernier. Au lendemain d’un vaste coup de filet antiterroriste, mené avec succès par les services marocains, le ministre de l’Intérieur, Chakib Benmoussa, avait révélé que le chef du réseau démantelé, alias « Iliass » et «Abdelkrim», avait commis un sextuple assassinant en Belgique à la fin des années quatre-vingt, ajoutant que la même personne avait été l’auteur d’un braquage spectaculaire d’une banque au Luxembourg, dont une bonne partie du « butin » avait été introduite, début 2000, au Maroc afin de financer un projet terroriste prenant pour cible «des personnalités marocaines en vue, notamment des ministres, des hauts officiers des Forces armées royales, et des Marocains de confession juive». Ces révélations ont fait l’effet d’un «séisme» en Belgique, au point d’avoir provoqué un «clash» entre les services de renseignements, particulièrement leur patron, Alain Winants, et la section antiterroriste du même pays, sans oublier, évidemment, la montée en charge du pouvoir judiciaire qui reproche aux services de renseignements d’avoir fait de «la rétention de l’information». Dans les milieux politiques belges, c’est la stupeur absolue. Et ce ne sont surtout pas les informations «très chiches» livrées par le ministre de la Justice qui vont calmer les ardeurs. Pas plus, d’ailleurs, que le « flottement » des services de la Sûreté de l’Etat, qui ont tenté, en vain, d’étouffer le «scandale», en affirmant, au lendemain de l’éclatement de l’affaire, qu’ils «ne connaissaient pas l’intéressé» Belliraj. Un démenti qui a été accueilli avec beaucoup de suspicion de la part de l’opinion publique belge. Les médias bruxellois font, depuis vendredi, leurs grandes manchettes sur les liens sombres qui auraient lié «Belliraj» à la « grande muette» : les services de renseignements.

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