Le naufrage des responsabilités

Une partie du pays a les pieds dans l’eau. Les précipitations de ces dernières semaines ont été certes bénéfiques pour le Maroc agricole, mais les dégâts n’en sont pas moins importants dans certaines régions, notamment Mohammedia, Fès, Berrechid, Settat et Kénitra. Les nouvelles qui émanent de ces villes sinistrées confinent à la désolation et à l’impuissance. Avec une trentaine de morts recensés jusqu’ici. Non loin de Casablanca, à Mohammedia par exemple, c’est le déluge ou presque. Des quartiers entiers furent inondés. C’est le cas de la cité des fleurs. Certaines maisons sont devenues des piscines avec 3 mètres d’eau de hauteur. Du jour au lendemain, les victimes ont tout perdu jusqu’au dernier meuble. Livrées à elles-mêmes. Sans secours, ni aide. Juste des hélicoptères qui tournoient dans le ciel. Comme si cela n’était pas suffisant,voilà qu’un très grave incendie s’est déclaré, ce lundi 25 novembre vers 20 heures 30, dans la raffinerie de la Samir consécutivement à ces perturbations climatiques. La panique totale. Les gens courent à hue et à dia. La plupart ont déserté la ville. On parle d’émanations de gaz toxiques. D’un air mauvais. Mohammedia a peur. Mohammedia est bouclée. Elle ressemble à une poudrière… Mobilisation totale (gendarmerie, police, armée,) pour sauver une cité menacée. Le feu sera maîtrisé vers 4 heures du matin du mardi. Mohammedia l’a échappé belle.
Reste le problème des victimes des intempéries. Une tragédie poignante. Scènes de détresse et de résignation. Des gens bloqués chez eux. D’autres portés disparus. Il est vrai que quand la nature se déchaîne, il est difficile de faire face à sa colère. Les pluies diluviennes emportent tout sur leur passage. On l’a vu en Europe. Mais au Maroc, force est de constater que cette situation est aggravée par l’absence sidérante des moyens de secours appropriés, notamment le plan Orsec destiné justement à anticiper sur ce genre de drame de façon à limiter l’étendue des dégâts en apportant l’assistance aux zones sinistrées et aux victimes de la catastrophe. Aussi les pouvoirs publics s’en trouvent-elles dépassées, réduites à attendre que le beau temps pointe du nez…Il ne suffit pas de construire des barrages pour stocker les ondées pour les besoins d’irrigation, encore faut-il se doter d’un dispositif capable de gérer ce trop-plein de pluies… En d’autres termes, nous prions sans cesse le tout-puissant de nous combler de la flotte céleste, mais dès qu’il peut un peu plus que d’ordinaire, le pays se noie, corps et biens. Peut-être qu’il faut calibrer les quantités de pluies selon notre capacité à les maîtriser…
En fait, les précipitations au Maroc ont agi, surtout au cours de ces dernières années, comme un révélateur de la faiblesse des infrastructures et de la triche qui a entouré leur construction. Cela est visible surtout au niveau du réseau routier. Les routes qui se dégradent rapidement quand elles ne s’affaissent pas. Des maisons mal construites qui s’écroulent… C’est la triste expression du naufrage d’un système de gouvernance tricoté aux fils de l’improvisation et de l’impéritie. On invoque la fatalité. Bien sûr. Mais comme toujours, personne n’est responsable au Maroc. Les responsabilités, du moment qu’elles ne sont pas délimitées, se diluent comme un comprimé effervescent dans un verre d’eau. Tout un pays qui s’effondre à cause de l’irresponsabilité de ses élus et de ses gouvernants, mais les sanctions, elles, ne tombent jamais.
En première ligne dans ces drames à répétition, les communes et leurs présidents. Ces derniers, pourtant interpellés, ne régissent pas. Ils observent le silence. Un mutisme coupable. La protection civile, elle, n’a pas les moyens qui lui permettent de faire face aux catastrophes.
Elles font ce qu’elles peuvent. Mais elles sont vites dépassées en cas de pépin. Les sapeurs pompiers de Mohammedia par exemple ne sont même pas équipés pour étreindre le feu d’un barbecue. Effectifs dérisoires et équipements négligeables. Et pourtant, la ville abrite des industries à haut risques. En plus de la raffinerie Samir, la SNEP (usine de pétrochimie) et une centrale thermique. Une concentration très dangereuse. La population locale a découvert subitement qu’elle était assise depuis longtemps sur des bombes à retardement. On voudrait faire sauter toute une ville et même au-delà qu’on ne s’y prendrait pas autrement. C’est le naufrage d’un certain système de gouvernance.

Articles similaires

Laissez un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *