Le Palestinien laïc et le colon intégriste

Le Palestinien laïc et le colon intégriste

«Je me sens plus proche d’un Palestinien laïque que d’un colon radical ». Les propos sont bel et bien d’un juif israélien, un romancier et pacifiste engagé, pionnier du dialogue entre Palestiniens et Israéliens. C’est de David Grossman qu’il s’agit. L’écrivain, qui participe aux côtés d’autres intellectuels et politiciens palestiniens et israéliens à l’élaboration d’un projet d’accord de paix au Proche-Orient, ne cache pas son enthousiasme quant à l’aboutissement de cette idée. «Quand ils m’ont appelé, j’ai immédiatement dit oui», a-t-il dit à l’AFP, lors d’un passage à Paris pour le lancement de ses « Chroniques d’une paix différée », le dernier de ses écrits. « C’est une tentative pour dire que nous ne sommes pas des victimes, que nous ne sommes pas condamnés à nous soumettre à l’arbitraire et à la peur », a-t-il commenté ce projet d’accord qui sera signé à Genève le 4 novembre prochain, date de l’assassinat en 1995 du Premier ministre israélien, Yitzhak Rabin. Dans un climat de terreur et de peur perpétuelle d’une attaque de part et d’autre, quelques voix émergent. Notamment celle de cet écrivain et de ses compatriotes qui ont osé rencontrer l’autre camp. Un geste que de nombreux officiels israéliens n’ont pas hésité à qualifier de « trahison ». Un député de la coalition au pouvoir est allé jusqu’à requérir la peine de mort contre ceux qui sont derrière cet accord. Dans un tel contexte, il faut donc une bonne dose de courage pour clamer haut et fort son appui à un projet dénoncé par beaucoup. Mais David Grossman est un habitué des critiques et des polémiques. Auparavant, il n’a pas hésité à préconiser le démantèlement des implantations juives et à stigmatiser les discriminations infligées aux Arabes d’Israël. Sa théorie est simple. La paix serait possible entre les deux peuples, qui continuent de s’entretuer. « Sans nier les différences culturelles et religieuses, nous partageons le même rêve. Nous avons l’un et l’autre beaucoup à craindre d’un essor de l’islamisme palestinien ou de la droite religieuse israélienne. La frontière la plus pertinente ne passe pas entre Israéliens et Palestiniens, mais entre modérés et extrémistes des deux bords », a-t-il déclaré dans une interview publiée par l’hebdomadaire français “L’Express” du 30 novembre 2000. Le vrai danger pour ce romancier né en 1954, et qui continue malgré les menaces à vivre à Jérusalem en compagnie de sa femme et ses trois enfants, réside dans les colonies israéliennes en Cisjordanie. « Ce qui est révoltant, c’est que nombre de colons se sont établis en Cisjordanie et à Gaza pour faire obstacle à la paix ; et qu’ils ont réussi », a-t-il expliqué au magazine français. Et d’ajouter: « Le maintien de leur présence rend la paix impossible. Les colons ont fait de nous tous, Israéliens et Palestiniens, les otages de leur rêve messianique. C’est inacceptable. Si l’on veut la paix, il n’y a pas d’autre option que l’évacuation de toutes les implantations qui rompent la continuité territoriale du futur Etat palestinien ». C’est là une déclaration qui peut coûter très cher à son auteur. Mais ce dernier à l’air de s’en ficher complètement. Il refuse catégoriquement de s’installer à l’étranger. «Je me sens impliqué dans tout ce qui se passe en Israel», ne cesse-t-il de répéter.

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