Le parlement au féminin

Trente quatre femmes siègeront dans la future Chambre des représentants. Un acquis pour la cause de la femme.
En plus du quota de 30 députées, quatre femmes avaient déjà arraché haut la main une place au soleil en allant au feu et en se prêtant au suffrage direct. Deux font partie du Parti de l’Istiqlal et deux du PJD. Respectivement Yasmina Baddou, Hafida Jadli, Fatima Belhassan et Aziza Bekkali Kacimi, à Casablanca Anfa, Essaouira, Fahs Béni Makada (Tanger) et Casablanca-Hay Mohammedi.
La première istiqlalienne est avocate. La seconde est institutrice. Les deux islamistes sont respectivement professeur du second cycle et enseignante de physique à la faculté des sciences de Casablanca. Elles sont âgées, dans l’ordre, de 32, 42, 44 et 40 ans. La Tangéroise est la seule femme qui a eu le mérite de dépasser les hommes et d’arriver en tête du scrutin à Béni Makada. La région s’y prête et n’importe quelle autre femme PJD aurait pu réaliser le même exploit. Il en aurait été de même pour presque pour toutes les circonscriptions où le PJD est passé en tête du classement. Les islamistes auraient pu s’offrir le luxe de présenter plus de femmes tête de liste dans leurs fiefs et d’en assurer l’élection. Il manque, bien sûr, de cadres féminins rompus à la politique et à la gestion des affaires. Il n’en a pas besoin pour attirer les masses, par les opérations caritatives.
D’illustres inconnus islamistes ont ravi la mise à des ténors de la politique et de la société civile. L’exemple le plus flagrant est celui de Larache. Le candidat local du PJD a obtenu 15 125 voix, soit 700 voix de moins que le leader de l’Istiqlal.C’est dire que le poids des pesanteurs et de la nature du vote est loin de répondre aux critères des sciences politiques. L’amalgame entre religion et politique est omniprésent, un peu partout dans les circonscriptions.
Le quota féminin a été introduit pour le but de promouvoir la présence des femmes au sein du Parlement.
Auparavant, quatre femmes ont eu l’honneur de confronter le suffrage universel. Il s’agit, chronologiquement, de Latifa Bennani Smires (PI), Badia Skali (USFP) et de Fatima Belmoueden (USFP) et Badia Skali. C’est vrai que l’ancienne opposition faisait de la question de la femme un cheval de bataille. Timidement, car la phallocratie est aussi présente dans les rangs de la gauche. Certes, à moindre dose. Mais on peut dire que cette présence symbolique de la femme a stimulé surtout les jeunes de la gent féminine à se porter à la politique et à rêver. Même si elles n’ont pas, de l’avis général, marqué leurs passages dans les travées parlementaires d’une quelconque empreinte. Le Maroc n’a pas encore sa Rosa Luxembourg, sa Passionnaria ou encore des calibres de la Soudanaise Fatima Ibrahim. On pourra en découvrir des projets lors des prochaines séances de l’hémicycle.
Mais deux femmes au Parlement ne faisaient pas un printemps.
Aujourd’hui, avec 34 dames, la cause fait son chemin, en attendant des lendemains encore meilleurs. En tout cas, ils ne sont pas pour demain. Car beaucoup de résistances masculines sont à vaincre. Féminines aussi. La libération de la femme a beaucoup d’adversaires, voire d’ennemis, au sein même de la population féminine. Y compris dans les franges intellectuelles. La femme intellectuelle organique est un oiseau rare. Elle existe, mais il faudra la dénicher. Peu de profils y correspondent dans une société qui reste machiste. N’empêche que l’élite féminine regorge de potentialités battantes, de politiciennes chevronnées et de militantes de la cause féminine et du progrès. Dès lors, il faudra s’attendre à des débats chauds, au féminin, entre des tendances antagonistes. Celle qui veut aller de l’avant et celle qui entend se recroqueviller sur le passé, l’embrigadement et la soumission. Entre les deux, d’autres conceptions pourront converger vers le juste milieu.
La prestation des parlementaires femmes du PJD sera fort attendue, notamment sur la discussion de la question de la femme. Des combats de coqs, comme dirait l’autre.
Le fameux plan d’action sera ressorti des tiroirs. Les femmes de progrès tablent sur cette présence massive (10%) des femmes au Parlement pour espérer conquérir des droits et faire avancer la cause. Car le mouvement féministe a été rattrapé, politiquement et sur le plan de la mobilisation, par les tenants du discours conservateur et rétrograde.
C’est dans ce cadre qu’il faudra situer l’échec de Mohamed Said Saâdi, ancien secrétaire d’Etat. Un test fort révélateur de l’évolution des mentalités.
Surtout à l’heure où l’on ressort des vieux tiroirs les thèses de la chariaâ, de son application aux voleurs et, peut-être demain, à l’adultère et à l’absence du tchador ou du foulard, il y a de quoi se poser des questions sérieuses sur le devenir sociétal. C’est une autre paire de manche.

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