Le patronat pose ses conditions

Soixante mesures concrètes pour créer de la richesse et des emplois. Elles sont consignées dans le document que la CGEM a remis au Premier ministre à l’occasion de la rencontre de celui-ci à Casablanca avec les opérateurs économiques. Ce mémorandum n’est pas nouveau. Il a été présenté au précédent gouvernement en juillet 2002, soit à environ 3 mois des élections législatives. Ce dernier, qui était en fin de parcours, n’avait pas le temps de mettre en route la recette CGEM pour relancer la machine économique.
Voilà donc le patronat marocain qui revient de nouveau à la charge en remettant officiellement ledit document au cabinet Jettou. Homme d’affaires hissé au pinacle de la hiérarchie gouvernementale, Driss Jettou jouit d’un préjugé favorable de la part de ses pairs qui n’ont pas manqué de saluer comme il se doit sa nomination au poste de Premier ministre. Pour la communauté des affaires, l’arrivée d’un des leurs à la tête du gouvernement est un gage de bonne espérance qui dénote une volonté politique certaine de faire des questions économique la priorité des priorités. “ Enfin quelqu’un qui comprend nos problèmes et qui s’emploiera à les résoudre“, tel est le sentiment général.
Ce capital confiance a-t-il été entamé sachant que le climat de morosité qui plane depuis des années sur le pays est toujours de mise ? Plus de 3 mois après l’installation du nouveau gouvernement mi-politique mi-technocratique, ya-t-il eu un frémissement positif dans le monde des entreprises ? Une chose est sûre : il faut du temps pour remettre la machine économique en marche et sur les bons rails. En tout cas, c’est l’objection que ne manquera pas de faire le chef du gouvernement et les membres de son équipe. Encore faut-il tenir le bon bout et par la bonne main. Justement, le document de la CGEM trace la voie à suivre et les mesures à appliquer pour sortir l’économie nationale des sentiers battus. Pour ce faire, la confédération appelle dans le premier point de son programme à une “collaboration entre l’État et le secteur privé“. Dans ce sens, rien de tel que la mise en place d’une “équipe restreinte de haut niveau“ au sein de la primature avec la participation de deux ministères : Finances et Privatisation et Commerce et Industrie.
Cette équipe, préconisent les rédacteurs du document, aura pour mission la confection de la stratégie économique, le suivi de son exécution et sa révision périodique. Le deuxième point, intitulé “concessions, privatisations et création d’entreprises championnes nationales“, consiste, en substance, à la création d’une deuxième équipe chargée des privatisations et/ou des concessions avec à la clé la mise sur pied d’une “agence unique de régulation des concessions des services publics urbains” : distribution d’eau et assainissement, distribution d’électricité et gestion des déchets ménagers.
Les autres chapitres concernent les “facteurs de la compétitivité nationale“ que la CGEM propose de réformer et de simplifier pour les mettre “ au service du développement économique“. En tête, viennent les problèmes du foncier, la cherté du coût de l’énergie électrique, la formation professionnelle, les circuits de financement, la justice fiscale et la “rectification de certains impôts anti-économiques“.
En matière des “dosages des politiques budgétaires et monétaires (8ème point), la CGEM explique le déficit “récurrent“ du budget de l’État par une “dérive continue de la masse salariale“. Solution proposée : tailler dans les effectifs pléthoriques de l’administration avec comme objectif de gagner 1% du PIB tous les 5 ans, soit près de 4 milliards de Dhs. Concernant la question de la paix sociale, le code du travail figure en bonne place des revendications du patronat. Un code dont au moins neuf clauses doivent être corrigées selon la CGEM. Le dernier point (le 10ème) se rapporte à l’incontournable réforme de la justice. À cet effet, la confédération propose pas moins de onze mesures. Parmi celles-ci : le renforcement du contrôle du travail des magistrats (…), assorti de sanctions des fautes commises, l’uniformisation de la jurisprudence “sur des questions essentielles et courantes” à l’ensemble des tribunaux de commerce et la refonte du code de la procédure pénale en ce qui concerne les aspects relatifs au fonctionnement des entreprises. Sur 18 pages, la CGEM livre ainsi sa vision sur les exigences d’une économie moderne dotée d’une grande visibilité. Un préalable à cette non moins grande ambition, est d’associer le patronat aux décisions économiques majeures prises par le gouvernement. En un mot, l’instauration de ce que la CGEM appelle dans son document “un État coach“, c’est-à-dire un État partenaire. Le retour de la confiance qui est le moteur de toute entreprise de développement et la relance de l’investissement sont-ils à ce prix, suspendus au vade-mecum de la CGEM ?
En prenant ainsi les devants, la CGEM a mis entre les mains de Driss Jettou une espèce de marché qui est en même temps un test de la volonté du gouvernement de prendre le chemin de la « création des richesses et d’emplois“ au Maroc. Dans cette affaire, c’est d’abord la crédibilité et l’image de Driss Jettou qui est en jeu. Censé être proche des soucis du monde entreprenarial dont il fait du reste partie, il en est conscient. Au cas où le gouvernement ne répondrait pas aux revendications contenues dans son offre exhaustive, la CGEM qui estime avoir dégagé sa responsabilité peut toujours continuer à jeter la pierre aux pouvoirs publics en formulant la même litanie de griefs…

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