Le pire est à venir

Quand la menace d’une deuxième guerre du Golfe plane sur l’Irak c’est une catastrophe planétaire, aux conséquences dramatiques à court et à long termes, qui risque de s’abattre sur le monde. Pire que le cyclone qui emporte tout sur son passage, l’attaque américaine contre Bagdad fera des “dégâts collatéraux“, notamment dans les pays en voie de développement ou sous-développés. C’est le même scénario qui risque de se répéter à l’identique.
Dans cette sombre configuration, le Maroc, qu’à Dieu ne plaise, serait en première ligne. Un pays arabo-musulman à l’économie fragile et non producteur de pétrole. Première conséquence d’un conflit armé en Irak, la flambée du prix du brut. Actuellement déjà cher à environ 30 dollars le baril, il grimperait à 40.
À l’aune de cette donnée, tout serait remis en cause, chamboulé. La Loi de finances 2003 deviendrait subitement caduque, ne serait-ce que parce que l’État marocain se verrait obligé de soutenir à fonds perdus les prix de l’essence à la pompe pour éviter la pénalisation du consommateur en desserrant de nouveau les cordons de la caisse de compensation.
Des milliards en jeu. Compromis seraient les divers projets socio-économiques contenus dans la déclaration de principe gouvernementale avec des conséquences en cascade sur les secteurs pourvoyeurs de devises. En tête vient le tourisme. Déjà fragile, il risquerait de sombrer derechef dans le marasme qu’il avait subi à cause de la première Guerre du Golfe. La guerre, tout comme le terrorisme, fait fuir les touristes et les détourne des hôtels, les avions civils sont supplantés par les F-16 et le soleil du farniente est masqué par les fumerolles de la puissance de feu…Le Maroc serait encore victime de son image de pays musulman où il serait risqué de prendre des vacances. Les valeurs de tolérance et de paix que le Royaume n’a de cesse de défendre ne lui seront pas hélas d’un grand secours. Du coup, l’amalgame et les clichés reprendraient le dessus. Un beau gâchis.
Que valent dans ce cas les desseins nourris pour le tourisme national, 10 millions de touristes en 2010 et les multiples sites balnéaires lancés ici et là à grand renfort de publicité ? Le Maroc, résigné, ne serait plus maître de son destin économique parce qu’une guerre somme toute lointaine qu’il n’aurait pas déclenché traverse toutes les frontières comme une tempête destructrice. Force est de remarquer que les ravages de la mondialisation de la guerre sont plus rapides à encaisser que les fruits de la globalisation des marchés. Triste constat d’impuissance qui nous met sous les fourches caudines des va-t’en-guerre, Bush et ses faucons pour lesquels tous les prétextes sont bons pour détruire le régime irakien. Les raisons bien sûr sont inavouées, mais personne n’est dupe quant aux véritables visées de l’administration américaine…
Une éventuelle attaque contre l’Irak aurait aussi des retombées politiques et sociales néfastes sur le Maroc. La première réaction viendrait de la rue. Une grande manifestation de solidarité avec le peuple irakien à l’identique de celle de 1991 avec autodafé des drapeaux de l’Oncle Sam et d’Israël. Deux pays qui représentent pour la rue arabe la face d’une même médaille, l’oppresseur des Palestiniens et des Irakiens. Résultat : l’exacerbation des sentiments anti-juifs et américains dans l’opinion marocaine. Une situation qui profiterait évidemment aux mouvements islamistes qui seraient à l’avant-garde de cette marche pour en récupérer le bénéfice politique. Chacun ses dividendes.
Ce serait d’autant plus une aubaine pour les islamistes marocains que le pays organisera des élections communales en juin prochain. Le meilleur moyen de fortifier les mouvances extrémistes et de doper les réseaux toujours actifs de Ben Laden serait de s’en prendre militairement à l’Irak. Après cela, les Etats-Unis en particulier et l’occident en général s’étonnent que de jeunes musulmans puissent accepter de se transformer en bombes humaines !
Et le Maroc dans tout cela ? Comment peut-il amortir le choc d’une éventuelle deuxième Guerre du Golfe ? “ Malheureusement, il n’y a pas de traitement miracle“, explique un homme politique. Il ajoute : “ L’attentisme qui prévaut actuellement dans notre pays est lié à l’imminence d’une agression contre l’Irak“.
Rien à faire donc, sinon attendre en priant Dieu in petto pour que la guerre, tant crainte aux quatre coins du monde, n’ait pas lieu. En fait, les pays riches ont les moyens de faire face à la crise pouvant naître d’un tel conflit. Ce sont les États, en mal de munitions, qui paieraient les pots cassés. C’est d’autant plus injuste que les pays victimes n’ont rien à voir, ni de près ni de loin, avec ces oukases qui se profilent à l’horizon du Golfe. Ils devraient par contre accepter le fait accompli et la destruction de leurs économies respectives déjà mal en point sans même espérer toucher des compensations pour les dommages subis. Qui a dit que l’Amérique se souciait du développement des nations qui en ont besoin ?

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