Le plan des clivages

Le plan présenté, en 2000, par Mohamed Said Saâdi, secrétaire d’Etat à la Protection sociale chargé de la Famille et de l’Enfance alors aux Affaires sociales, a créé ce genre de clivage ayant valeur de thérapie. Ce n’était plus le clivage traditionnel gauche-droite, ni celui opposition-majorité. On est revenu, l’espace de ce débat, aux abc de l’action politique, à savoir le clivage entre conservateurs et progressistes, quoique ces mêmes notions perdent de leur signification dans le cas marocain, étant donné la nature même des partis politiques, mais cela est une autre affaire.
Le projet, en veilleuse actuellement, pour ne pas dire abandonné, a suscité des réactions au sein même du gouvernement. Le ministre des Habous et des Affaires islamiques avait dit que ce n’était pas un projet du gouvernement. Une véritable dissonance qui en disait long sur l’état d’esprit qui a prévalu au sein non seulement de l’équipe gouvernementale, mais aussi au sein de la société. Rappel d’une période faite de l’apprentissage de la démocratie marocaine. Il y avait ceux qui veulent que le statut personnel de la femme change, de manière à ce qu’elle ne soit plus mariée à quinze ans, alors que le Maroc est signataire depuis 1993 de la Convention internationale pour la protection des droits de l’enfant; qu’elle ne soit plus répudiée, jetée à la rue de son domicile conjugal sur un coup de tête du mari sans aucun droit sur les biens accumulés par le couple durant les années de vie commune; qu’elle reçoive un duplicata du livret d’état civil en cas de dissolution des liens du mariage lui laissant la garde des enfants, afin de lui éviter les chantages du père à ce sujet; que la polygamie soit soumise au consentement de la première épouse et à l’appréciation du juge; que les jeunes filles majeures âgées de 18 ans et plus puissent décider librement du choix de leur futur époux sans obligation d’un mandataire…
En face, le front conservateur est mené par les dirigeants du Parti de la Justice et du Développement (PJD) qui, ce faisant, ne sont pas à leur première contradiction entre ce qu’ils sont, ce qu’ils proclament et, en l’occurrence, l’antinomie entre leur attitude à l’égard de la moitié de l’homme et les exigences qu’imposent les mots «justice et développement» choisis pour slogan.
Pourtant, Saïd Saâdi a été bien clair: le secrétaire d’Etat à la Protection sociale, chargé de la Famille et de l’Enfance et parrain du Plan d’action a ainsi précisé que tous les points se rapportant à la Chariaâ allaient être tranchés par S.M. le Roi, en sa qualité d’Amir Al Mouminine, tandis que les questions juridiques seront soumises à l’institution législative où les représentants de la Nation pourraient les débattre et les amender éventuellement.
Cette situation a donné, le 12 mars 2000, à deux grandes manifestations, l’une pour le plan à Rabat, et l’autre contre le plan à Casablanca. C’était une véritable leçon de civisme…

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