Le pôle haraki manque de pugnacité

Le pôle haraki manque de pugnacité

La mouvance populaire, composée du MP, du MNP et de l’UD, représente incontestablement une force numérique au sein du Parlement. Que ce soit dans la Chambre des représentants ou dans celle des conseillers, leur avantage quantitatif ne fait pas de doute. Ainsi, en considérant les résultats des élections législatives de septembre 2002, la mouvance vient en tête avec 55 députés: 27 pour le MP, 18 pour le MNP et 10 pour l’UD.
En fait, leur nombre est aujourd’hui beaucoup plus élevé, puisque plus d’une dizaine de nouveaux députés ont rejoint ce pôle et notamment l’Union Démocratique de Bouaâzza Ikken. En effet, avec seulement 10 députés, l’UD était incapable de former un groupe parlementaire qui nécessite au moins 20 députés.
Pourtant l’UD a réussi à former un groupe. Même constat dans la Chambre des conseillers. Les élections pour le renouvellement du tiers sortant de la Chambre des conseillers se sont déroulées le 6 octobre 2003. Sur les 90 sièges à pourvoir, la mouvance populaire a raflé presque le tiers. L’exploit a été réalisé par le MNP de Mahjoubi Ahardane. Il a réussi à faire élire douze nouveaux conseillers. L’UD s’en est adjugée six et le MP de Mohand Laenser, neuf.
Le MP compte aujourd’hui 29 conseillers, 30 pour l’UD de Bouâzza Ikken et 32 pour le MNP de Mahjoubi Ahrdane, soit un total de 91 conseillers sur les 270 que compte la deuxième Chambre du Parlement. Les trois partis sont suivis de loin du RNI, fort de 46 conseillers.
Malgré tous ces résultats reluisants, le pôle haraki, baptisé depuis le 20 décembre dernier « Mouvance Populaire Unifiée » (MPU), possède toujours trois groupes distincts. Bouaâzza Ikken, secrétaire général de l’Union Démocratique, a affirmé que la création d’un seul et même groupe du pôle haraki pourrait ne pas avoir eu lieu dans l’immédiat. Ikken explique que « pour des raisons purement logistiques et afin de conserver les avantages en matière de postes de responsabilités au sein de la Chambre, les partis de la mouvance préfèrent ne pas se regrouper en un seul et même groupe ». Manifestement, la logique arithmétique ne suffit pas, à elle seule, pour s’imposer politiquement. Les leaders des trois partis ont déclaré en substance, lors du baptême de la MPU, que leur union doit être traitée en tant que première force politique du Maroc. Mais dans la pratique, les formations de la mouvance ne sont pas suffisamment pugnaces pour pouvoir occuper une place de choix dans le champ politique national.
L’explication est à chercher dans l’histoire même de cette mouvance. Tous ces partis sont nés à la suite de scissions ou de «putshes». La confiance entre ses leaders est quasi-inexistante, ou presque. En fait ce cas de figure a été bien illustré par Ahardane. Il a estimé que le pôle haraki est l’ennemi de lui-même, affirmant que la MPU n’aurait aucun sens si elle n’est pas suivie d’actions concrètes. Et par « action concrète » Ahardane sou-entend mobilisation des troupes, des jeunes, des femmes et des cadres des trois partis.
La mouvance populaire s’est dit victime d’une marginalisation. « Nous n’allons plus nous contenter d’applaudir », lancent les responsables de la MPU. Et pour cause, celle-ci a essuyé coup après coup. Sa place dans le gouvernement ne reflète aucunement son poids au sein du Parlement. Pire. Lors de l’élection du président de la Chambre des représentants, l’avantage numérique des harakis ne leur a pas permis d’imposer leur candidat à la succession de Mustapha Okacha, en l’occurrence le président de la région Rabat-Salé-Zemmour-Zaërs, le MP Abdelkébir Berkiya.
En fait, la mouvance populaire se trouve dans un tournant de son histoire. Un virage qu’elle doit négocier avec beaucoup de prudence. Une présence renforcée au sein du gouvernement peut s’avérer être un cadeau empoisonné. Faute de cadres nombreux, les partis de la mouvance risquent de faire une mauvaise impression. Certes, leur ancrage populaire (surtout dans le monde rural) est un point fort dont peuvent se targuer les formations de la MPU.
Mais la responsabilité de la chose publique est catégoriquement différente de la gestion de la chose publique. La première sous-entend que le parti concerné doit rendre des comptes de son passage au pouvoir. Quant à la deuxième notion, elle se limite, dans l’esprit des électeurs, à une simple expérience gouvernementale.

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