«Le recours à la drogue est très répandu»

Aujourd’hui Le Maroc : Plusieurs fils de «notables» sont impliqués dans des affaires de consommation de drogues. S’agit-il là d’un phénomène spécifique aux couches les plus aisées ?
Rita El Khayat : Je ne pense pas que la consommation de drogues est l’affaire des couches favorisées. Elle touche toutes les couches de la société. Dans tous les pays du monde, toutes les classes sociales sont concernées par ce phénomène. Il est désormais prouvé que les personnes qui n’y succombent pas jusqu’à 40 ans ont peu de chances de devenir accros. Cependant, il ne faut pas se cacher la réalité. Chez nous au Maroc, nous avons une longue tradition de la toxicomanie. La consommation du cannabis est largement répandue. Toutes les classes sociales sont touchées. Certes, aujourd’hui la consommation du kif, de par son image de vieux et de pauvre qu’il véhicule est en recul. Par contre, la consommation de haschich reste massive. Alors que le recours aux drogues dures est de plus en plus répandu. Je tiens toutefois à préciser que la population des filles et de femmes est à son tour touchée. Le recours à la drogue est très répandu.
Quelles sont, selon vous, les raisons derrière la prolifération de la consommation de la drogue chez les femmes ?
Vous savez, les angoisses, de quelles natures soient-elles, sont toujours les mêmes. La quête de l’allégement de la souffrance conduit, des fois, à des comportements divers. Que ce soit pour celle qui opte pour le voile, ou celle qui s’adonne à la drogue ou autre, la conduite reste le même. Soulager sa souffrance peut prendre différentes formes. Pis, la cigarette est aussi une forme de toxicomanie. Consommer jusqu’à deux paquets de cigarettes par jour est plus grave pour le corps. Il est ainsi détruit. Tout est affaire de dose.
Y a-t-il un profil type du consommateur marocain?
Franchement, l’idée selon laquelle la toxicomanie est une affaire de riches n’a pas de fondement. Les pauvres trouvent aussi leur toxicomanie, sauf que, pour les riches, ils ont accès à des produits-de «meilleure qualité». Rappelez vous les soûlards du quartier. Ils font généralement avec les moyens à leur disposition. Ils n’hésitent pas à recourir à l’alcool 90 degrés par exemple.
Autre aspect, la mauvaise fréquentation est généralement indiquée comme source d’influence menant à la toxicomanie, ce qui n’est absolument pas prouvé. Sur dix personnes qui s’adonnent à la drogue sous toutes ses formes, vous avez deux pour qui c’est un choix, un sera toxicomane alors que le reste n’est pas intéressé. Ceci pour dire que tout le monde est exposé au risque.
Existe-t-il des centres de désintoxication au Maroc ?
Il y en a effectivement un à Rabat-Salé à l’hôpital Errazi. A ma connaissance, l’Union Européenne a essayé à son tour d’aider dans ce sens. Elle a alloué des fonds, mais malheureusement l’opération est restée sans suite.
Comment se fait l’accompagnement psychologique des toxicomanes ?
C’est avant tout une affaire de volonté. Ceux qui désirent réellement arrêter y arrivent mais le traitement est très long. Personnellement j’essaye de convaincre les parents qui forcent leurs enfants à se faire soigner qu’il faut d’abord que l’enfant soit motivé. Autre chose le risque de rechute suppose une meilleure compréhension. Il ne faut surtout pas se fâcher avec le patient. Il faut au contraire réessayer pour que l’objectif soit atteint. Par contre, je tiens à signaler qu’il m’arrive effectivement de traiter des patients dépendants de drogues dures. Je pense en particulier à certains marocains établis en Italie. Il m’arrive d’être découragée. Rien ne leur est proposé. Par exemple, la méthadone, le substituant connu, ou autres programmes de substitution ne sont malheureusement pas disponibles au Maroc. Il faut en parler. On ne sauve pas les gens dans le silence. Il faut sans cesse les motiver jusqu’à ce que la thérapie soit concluante. Les médicaments, psychotiques surtout, ne sont là que pour compenser. Malheureusement, les dégâts sont graves.

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