Le RNI à la croisée des chemins

Le dernier congrès du RNI, le 6 novembre 2001 à Casablanca, a consacré un certain état de fait. D’abord la reconduction du président-fondateur Ahmed Osman à la tête du parti. Le contraire aurait été surprenant. Ensuite le maintien d’un semblant de cohésion interne par le recours au scrutin pour l’élection des membres des instances du Rassemblement.
Le RNI se porte-t-il mieux pour autant dans un paysage politique en pleine ébullition ? La question mérite d’être posée à l’approche des prochaines échéances électorales. En fait, la scission menée par Abderrahmane El Kohen, qui a fini par créer son propre parti, est significative du malaise qui traverse le parti même si ce divorce n’a pas été spectaculaire comme l’on s’y attendait : le PRD (Parti du renouveau et du développement) n’a pas attiré les cadres et les mécontents du RNI. Autrement dit, ce dernier n’a pas vraiment souffert de l’initiative de M. El Cohen. Ce qui s’est traduit par un soulagement dans l’entourage de Ahmed Osman qui craignait, un moment, que ce projet partisan ne vienne amputer sérieusement le RNI.
M. Osman, qui se rend régulièrement à l’étranger pour des soins de santé, tente tant bien que mal de continuer à gérer une situation en interne de moins en moins sereine. Ce n’est guère facile face aux manoeuvres des uns et des autres. Les contestataires boudent toujours, sous une forme plus ou moins audacieuse, attendant le moment opportun pour passer à l’action. Déjà, des chuchotements, insistants, reprennent de plus belle sur la gestion du parti et de ses biens, à la faveur de la fermeture de la presse du Rassemblement, assimilée à un casse-tête financier sans aucune utilité politique, ni médiatique. “Sur ce dossier, le président a une grande responsabilité puisqu’il n’a pratiquement rien fait pour régler le problème “ explique un membre du parti sous le couvert de l’anonymat. “À y regarder de plus près, le parti a innové en décidant de ne plus avoir de journaux car la presse partisane au Maroc n’a plus d’avenir“, déclare un autre.
La nature ayant horreur du vide, certains éléments bien en vue au sein du RNI cherchent actuellement à monter un autre journal sur le champ de ruine de Al Mithaq et Al Maghrib. Un journal qui se veut indépendant, mais proche des thèses du parti à l’image de ce qui se passe en France par exemple. En fait, les promoteurs de ce projet veulent par le biais d’une publication peser sur le cours des choses au sein du parti. Un parti qui a ceci de particulier qu’il est identifié à son fondateur. Le RNI c’est Ahmed Osman et Ahmed Osman c’est le RNI. La relève dans ce cas de figure s’annonce plus que jamais hypothétique.
C’est justement ce qui fait agiter, d’ores et déjà, une bonne partie des membres influents Rnistes. D’autant plus que le chef n’a jamais désigné de dauphin. Il a toujours été le seul maître à bord, auquel on obéit au doigt et à l’oeil. Autour de lui gravite une galaxie faite d’individualités qui ont les moyens de leurs ambitions. Cependant, le retour depuis quelque temps aux côtés du patron de Mohamed Bentaleb, que certains qualifient vertement de «repris de justice» par allusion à sa condamnation lors de la fameuse campagne d’assainissement, n’a pas été très apprécié. Les adversaires de M. Bentaleb disent de lui qu’il a une mauvaise influence sur le leader du RNI. On lui prête surtout d’être le meneur du clan Casablanca-Marrakech-Agadir dans la perspective de la succession.
Alors quel avenir pour un RNI livré de manière feutrée aux appétits des uns et des autres avec des clans qui s’observent et s’épient dans une atmosphère de défiance réciproque? Ahmed Osman ne s’y trompe pas, lui qui subit des pressions de partout. En fin politique qui a l’expérience des hommes, il connaît son monde, la psychologie de chacun. Mais a-t-il toujours l’ascendant sur ses troupes ? Maîtrise-t-il toujours les règles du jeu interne ?

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