Le souffleur de mort de Beni Makada

Le souffleur de mort de Beni Makada

Il a fait une entrée fracassante dans le monde des médias. La barbe moutonnant jusqu’à la poitrine, les yeux illuminés, le teint clair, Mohamed Fizazi a fait sensation lors de sa première apparition à la télé. Et comme il ne parle pas dans sa barbe, ses propos incendiaires ont enflammé plus d’un téléspectateur.
Mohamed Fizazi a légitimé, au nom de la Chariâ, l’assassinat des “impies“. Cela s’est produit en 1998 dans “Al Ittajah Al Mouakiss“, la tristement célèbre émission de la chaîne d’information Al Jazeera, animée à coups de gesticulations par Fayçal Al Kassem. Fort du succès de ses imprécations, Mohamed Fizazi a regagné son fief à Tanger pour répandre la parole de la haine et les appels répétés au Jihad. Après son sacre dans l’émission d’Al Jazeera, il pouvait commencer du haut d’une tribune son travail de justification de la violence, son injonction au meurtre.
Un prêche souvent assimilé par les observateurs à une “théorie“, nécessaire pour que l’action soit impulsée par du sens.
La mosquée où a prêché, pendant des années Mohamed Fizazi, se trouve à Benimakada. Un quartier d’où sont issus de nombreux islamistes impliqués dans des attentats terroristes. Parmi les auditeurs attentifs aux paroles de Mohamed Fizazi, Abdelaziz Benyaïche. Ce dernier a été inculpé par le juge d’instruction espagnol, Baltazar Garzon, comme l’un des membres de la cellule d’Al Qaïda, démantelée en 2001 en Espagne. Avait-il été influencé par la force du discours de Fizazi au point de traduire en actes les prêches ? S’était-il laissé envoûté par ce prédicateur ? Jusqu’à quel point les prêches de Fizazi furent décisifs dans la vocation terroriste d’Abdelaziz Benyaïche ? On ne le saura jamais. On sait par contre qu’une autre personne, le Français Richard Robert impliqué dans les attentats de Casablanca, se rendait régulièrement à la mosquée de Mohamed Fizazi. D’autres également, dont le Marocain de Tanger, Jamal Zougam, qui est au coeur de l’enquête sur les attentats de Madrid. De nombreuses personnes, connectées à des groupes terroristes, étaient des habituées de la mosquée de Mohamed Fizazi. Un prédicateur qui faisait grand cas d’Oussama Ben Laden qu’il a même qualifié de “compagnon du prophète du XXIe siècle“.
Rien ne destinait Mohamed Fizazi à devenir un souffleur de mort. Il est né en 1949 dans un village à proximité de Taza, Marnissa, dans une famille conservatrice. Certes, son père est un fqih connu pour la rectitude de son enseignement. Certes, l’enfant a suivi un enseignement coranique au msid de son village. Mais des générations de Marocains ont emprunté la même voie sans pour autant répandre l’appel au djihad ou devenir les apôtres de la mort. Plus curieux : après un baccalauréat dans un lycée public, Fizazi s’est inscrit dans l’école des instituteurs de Rabat et en est sorti fièrement diplômé en 1970.
Quelle langue enseignait Fizazi ? Le français ! Il a exercé ce métier d’enseignant au lycée Moulay Slimane à Tanger, jusqu’à son arrestation après les attentats de Casablanca.
Par ailleurs, l’aptitude de Fizazi au prêche lui vient de son intérêt pour la théologie. Il a fait des études dans ce sens et obtenu une licence en sciences du hadith. Il en a gardé un radicalisme extrême quant à la lecture du Texte. Il a acquis l’autorité pour promettre le paradis à ceux qui meurent en “martyrs“. Connu par son nom de guerre d’“Abou Meryem“, Mohamed Fizazi est vite devenu l’un des principaux dirigeants d’Attakfir Wal Hijra (anathème et exil). Ses rapports avec d’autres takfiristes, comme Abou Hafs, ont été établis. Sa présence à Sidi Moumen, quartier d’où sont issus les kamikazes du 16 mai, n’est un mystère pour personne.
Mohamed Fizazi a fait des prêches dans une mosquée de Sidi Moumen. Il n’a même pas tempéré ses propos après les attentats de Casablanca. Interrogé sur les raisons du 16 mai à Casablanca, il a répondu: “J’aime la mort autant que les impies aiment la vie“. Mohamed Fizazi a écopé de 30 de réclusion ferme. Mais le grain qu’il a semé à Tanger et ailleurs continue de pousser vers la mort.

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