Le sucre marocain entame sa mue

Le sucre marocain entame sa mue

Developée dans les années 60, l’industrie marocaine du sucre arrive à un tournant décisif de son histoire : la libéralisation des prix. Il s’agit d’une réforme très importante puisque depuis les années 80, cette denrée de base n’a pas connu de fluctuations.
Aujourd’hui pour les pouvoirs publics, il s’agit avant tout de mettre fin à la subvention sans pour autant que les prix ne s’envolent. Equation à laquelle le ministère des Affaires générales et économiques s’attelle depuis quelques mois. Le mécanisme du soutien des prix des produits de base (sucre, farine, gaz butane et autres), coûte cher.La Caisse de compensation absorbe en moyenne 6 milliards de dirhams chaque année ( 4,3 milliards pour 2005). D’où la nécessité de la réforme. A lui seul, le secteur du sucre perçoit par le biais des sucreries et des raffineries, une subvention de 2 milliards de dirhams, à raison de 2 dirhams par kilogramme.
Pour compenser la subvention, il est question d’agir sur les droits d’importation et sur les coûts. L’objectif est que le Marocain qui consomme en moyenne 32 kilogrammes de sucre par an ne s’aperçoive pas de cette réforme dans sa bourse. Diverses mesures ont d’ailleurs été prises dans ce sens. Les Finances devront se passer des 900 millions de dirhams au titre des droits d’importation du sucre. Ce qui est largement compensé par l’économie faite sur l’argent de la subvention. Dans tous les cas, l’Etat tire son épingle du jeu, comme le rappelle Salaheddine Mezouar, ministre chargé de la Mise à niveau de l’économie, pour qui il est plus utile de consacrer la manne de la subvention à l’investissement plutôt qu’au soutien direct de la consommation. Une idée que le Marocain moyen n’aura aucun mal à partager tant qu’elle ne touche pas à son porte-monnaie.Pour cela, la réforme procède par précaution. La libéralisation commencera d’abord par les lingots (500 000 tonnes), pour s’étendre au granulé (coeur de la consommation), suivant plusieurs phases.
Cette réforme en cours a constitué le plat de résistance de la journée d’étude organisée jeudi dernier à Larache par l’association des producteurs des cultures sucrières du Loukous et les différents opérateurs privés intervenants dans ce secteur. Différentes mesures à prendre en perspective de la libéralisation ont été passées en revue lors de cette journée. Dans cette région, ce sont 6000 agriculteurs (producteurs de betteraves pour la plupart) qui sont concernés par le devenir du secteur. A l’échelle du territoire national, 80 000 agriculteurs et autant de familles vivent de l’industrie sucrière. De leur côté les unités de transformation génèrent 10 000 emplois. La production annuelle atteint 500 000 tonnes. A l’amont, les champs de betterave et de cannes à sucre assurent des revenus estimés à 8 000 dirhams par hectare. Le chiffre d’affaires généré annuellement par le secteur est estimé à 5,5 milliards de dirhams.
Les industriels craignent que la réforme n’entame sur leur marge bénéficiaire. Car, d’un côté, explique un opérateur, les coûts de production sont en augmentation (main-d’oevre, intrants) et de l’autre, depuis les années 80, les prix à la consommation sont gelés. Concrètement, la réforme vise à mettre fin à la subvention.
Autre question abordée à Larache, la privatisation des unités publiques. Les quatre entreprises publiques, à savoir Sunabel, Sucrafor, Surac et Suta sont en ligne de mire. L’opération est loin d’être une sinécure, la saturation de l’outil de production, n’étant pas pour encourager les repreneurs.
Preuve de la complexité de la privatisation, en 2002, deux de ces entreprises avaient fait l’objet d’appel d’offres sans résultats. D’où pour une entité comme la Suta (sucrerie, raffineries de Tadla), une phase de restructuration au préalable. Dans ce cadre, un programme d’investissements de 215 millions de dirhams a été signé récemment entre cette entreprise publique, le ministère des Finances et de la Privatisation et celui de l’Agriculture et du Développement rural. La mise à niveau concernera aussi bien l’outil de production que les ressources humaines. L’exemple de l’ex-ONTS (Office national du thé et du sucre), déficitaire au terme d’un monopole de 35 ans et, depuis l’an 2000 excédentaire sous une nouvelle forme juridique (Somathes SA) est un bon cas d’école. D’ores et déjà les opérateurs sont assurés de prendre des participations dans le capital de la Cosumar et autres «privatisables». Pour apporter leurs bénédictions à la réforme en cours, les industriels opérateurs ne demandent plus que des mesures d’accompagnement claires pour la protection de la production nationale.

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