Le textile marocain en péril

Aujourd’hui Le Maroc : De nouvelles usines opérant dans le secteur du textile ferment, des investisseurs étrangers quittent le Maroc vers la Tunisie. Quelle interprétation faites-vous de cet état des lieux?
Abdelali Berrada : Cette situation ne date pas d’aujourd’hui. Ça fait des années que nous sommes en discussion avec les pouvoirs publics pour les informer de la gravité de la situation et essayer de nous mettre d’accord sur les solutions appropriées. En vain. Aujourd’hui, nous ne pouvons guère nous réjouir de l’aboutissement de ces négociations. Trois ans se sont écoulés sans que l’on puisse parvenir à un pacte concret. Ceci étant dit, nous ne baissons pas les bras. Nous continuons à tenir nos réunions, quoi qu’espacées dans le temps, avec notre ministère de tutelle, à lui faire part de nos besoins et nos engagements et à attendre que la prise de conscience se matérialise par des prises de positions réelles.
Ce discours ne vous paraît-il pas obsolète, sachant que vous le répétez, depuis plus de trois ans comme vous dites ?
La bonne volonté des pouvoirs publics est patente. Elle demeure insuffisante, voire décalée dans la mesure où nous sommes en train de perdre un temps considérable. Malheureusement, la notion de temps acquiert peu de valeur quand il s’agit de discussions avec les autorités publiques. Nombreuses sont les opportunités qui peuvent être perdues tout bonnement parce que les délais ne sont pas respectés ou parce que nos négociations avec les autorités tardent à aboutir. Aujourd’hui, plus qu’à n’importe quel moment, nous souhaitons être fixés. Avoir une réponse catégorique…
Etes-vous donc prêts à accepter la réponse des pouvoirs publics quelle que soit sa nature ?
Une fois fixés, nous saurons sur quel pied danser. D’ailleurs, et comme nous ne cessons de le répéter, nous n’avons jamais eu l’habitude d’attendre les bras croisés.
Nous essayons d’assumer nos responsabilités à l’égard de nos partenaires grâce aux moyens dont nous disposons. Ceci étant, en l’absence d’une visibilité quant à l’issue des négociations entre l’AMITH et le ministère, nous ne pouvons définir avec rigueur une stratégie à long terme propre au secteur. Nous n’avons de choix que de sensibiliser les entreprises sur la nécessité de continuer à se prendre en charge, à déployer davantage d’efforts au niveau de la formation, du recrutement, de la modernisation des structures de production…
Par quels moyens ?
Nous avons dernièrement signé des conventions de partenariat avec des organismes internationaux, notamment GTZ (une coopérative allemande) et Euro Maroc Entreprise (EME).
Quels sont les grands axes de ce partenariat ?
EME est en train d’élaborer une étude sur le secteur, du point de vue stratégique. Avec GTZ, nous étudions les différentes initiatives d’encadrement à mettre en place au profit des unités industrielles opérant dans le domaine du tissu d’ameublement. L’objectif est de les réorganiser de manière à rendre leurs produits facilement exportables. Nous travaillons en outre ensemble sur un projet de restructuration du bureau de méthode. Un système qui permet d’améliorer la productivité de l’entreprise (….). Vous savez, avec tous les bouleversements structurels et conjoncturels qui ne cessent d’affecter le marché national et international, nous ne pouvons cesser de réfléchir à la manière la plus adéquate et efficace qui nous permettra d’accompagner les textiliens dans leurs différentes démarches…
Justement, lors de la onzième réunion du Conseil National de la Monnaie et de l’Epargne (CNME), Fathallah Oualalou a parlé d’un projet se basant sur un système financé conjointement par le Fonds Hassan II et les banques à des taux d’intérêt avantageux au profit du textile….
Ce qu’il n’a pas dit c’est que les banques doivent intervenir à hauteur de 60 % dans ce projet et qu’elles appliqueront des taux d’intérêt normaux, ce qui ne change rien à la donne actuelle.
Mercredi dernier, la Banque Mondiale a mis le doigt sur un point sensible, celui de la responsabilité du système bancaire dans le processus de mise à niveau. L’essentiel reste à faire, et ce ne sont pas les textiliens qui diront le contraire.

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