L’Egypte : Une expérience modèle

Malgré leur participation à la révolution de 1952 et le soutien qu’ils lui ont apporté dans un premier temps, les Frères Musulmans, affaiblis par leurs divisions depuis la mort d’Al Banna, s’opposent vite à Nasser et à sa volonté de contrôler l’ensemble du pouvoir.
Le 12 janvier 1954, l’association, assimilée à un parti politique, est dissoute. En octobre de la même année, à la suite d’une tentative d’assassinat contre le président égyptien, une formidable répression frappe des milliers de Frères. Cette longue nuit durera jusqu’à la mort du Raïs en septembre 1970. Torture, camps, exécutions: c’est ainsi qu’une génération va se radicaliser, sous l’influence notamment de Sayyed Qotb, qui sera liquidé le 26 août 1966 sous une fausse accusation de complot. Après la mort de Nasser, les groupes islamistes connaîtront une véritable poussée.
C’est le nouveau président qui fut derrière cette donne. Anouar Sadate a largement favorisé cette poussée en amnistiant les dirigeants des Frères musulmans, en leur accordant une large liberté d’expression, et en les utilisant dans sa lutte contre la gauche. Seulement , ils allaient refuser son alliance avec Israël . Ce qui va déboucher sur des troubles confessionnels d’une rare gravité entre musulmans et coptes. Le Raïs tente alors de jouer son va-tout en arrêtant, en septembre 1981, 1 500 opposants de tous bords : islamistes, libéraux, nationalistes, communistes… Il destitue même le pape copte Chenouda III. Quelques jours plus tard, le 6 octobre 1981, tandis qu’il assiste, dans un stade du Caire, à un défilé militaire qui célèbre la « victoire » de 1973, le « raïs » Anouar el-Sadate est assassiné par des soldats islamistes. Il s’est avéré par la suite que ce commando faisait partie du Djihad islamique égyptien, la principale organisation intégriste islamiste en Egypte au côté d’Al-Jamaa al-Islamiya (Groupe islamique). Le Djihad Islamique, très actif dans les années 80-90, est notamment accusé de nombreux attentats visant des dirigeants égyptiens.
Les membres du Djihad, qui ont infiltré l’armée égyptienne, ont été très influencés par «Al Fareda Al Gha’iba» (l’obligation occultée). Un document interne du groupe contenant les attendus théologiques/coraniques de la condamnation à mort d’Anouar Sadate. Il s’agit d’une brochure d’une cinquantaine de pages, tirée clandestinement à 500 exemplaires, et considérée par son auteur comme un outil de réflexion à l’intention des militants d’Al-Jihad et des milieux fondamentalistes sympathisants.
En fait, « L’obligation occultée » ne se compose pas de chapitres, mais d’une succession de 143 paragraphes -de versets- de longueurs diverses, ordonnés par thème. En conclusion de cette brochure, on trouve : « Les dirigeants des Jama’a (associations) Islamiques ne sont pas sur la bonne voie s’ils ne se consacrent pas à préparer, puis à mener le Jihad. ». L’Egypte n’a dû son salut du terrorisme qu’à la décision de Ayman al-Zawahri, chef du Djihad Islamique. En s’alliant à Ben Laden, Zawahri a provoqué une scission interne : certains militants en Egypte redoutent de s’en prendre aux Occidentaux et aux Américains, plus particulièrement.

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