L’engagement total d’un Roi

Enorme différence. Le visage que présentait, depuis son ranch texan, le président américain George Bush à la presse, en déclarant à la face du monde comprendre les boucheries que Ariel Sharon était en train de perpétrer dans les territoires palestiniens, n’avait plus rien à avoir avec les traits éprouvés du même homme, quand il en appelait au soutien du monde arabe au lendemain des attentats du 11 septembre à New York et Washington et faisait miroiter une action américaine en faveur de l’établissement d’un Etat palestinien.
Ainsi va la politique américaine. A chaque phase ses alliances et à chaque conjoncture ses dispositions. Les droits de l’Homme, la légalité internationale, la lutte contre le terrorisme ( y compris d’Etat) ne sont rien d’autre qu’un creuset où l’on puise les justificatifs nécessaires à toute démarche visant à préserver et fructifier les intérêts américains. Beaucoup de dirigeants arabes n’ont pas été dupes.
Même ceux qui ont investi dans la coalition américano-britannique qui a rasé des semaines durant le pays le plus pauvre du monde. C’est que l’administration américaine sous George W. Bush, depuis l’avènement mouvementé de ce dernier à la tête de l’exécutif, n’a à aucun moment véritablement justifié son rôle de parrain de la paix au Proche-orient et de médiateur impartial du conflit qui oppose palestiniens et israéliens.
C’est cette même administration Bush qui s’est, par une étrange frilosité, désengagée du processus de paix au Proche-orient, et remis par la même, en quelques enjambées des décennies d’engagement américain sous les présidents Carter, Reagan, Bush père et Clinton. Jimmy Carter a oeuvré et continue à le faire à travers sa fondation pour la paix dans la région. Reagan que l’on donnait pour un novice de la politique s’appuyant totalement sur ses conseillers, a eu le courage politique d’évoquer dans un contexte autrement plus délicat au début des années 1980, la nécessité d’un foyer national pour les Palestiniens. Il avait même,retient l’histoire, eu affaire à l’impétuosité barbare d’un Sharon alors ministre de la Défense israélien qui faisait bombarder Beyrouth. Bush père a été parrain de la conférence de Madrid en 1991, véritable point de départ du processus de paix au Proche-orient.
Clinton aura oeuvré, même si c’était loin d’être désintéressé, jusqu’aux derniers jours de son second mandat pour être celui qui aura concrétisé la paix israélo-palestinienne. George W. Bush, lui, a foulé de ses bottes de texan, autant d’efforts de ses prédécesseurs, prescrits par des myriades de stratèges respirant à pleins poumons l’intérêt américain. C’est ce même George W. Bush qui a refusé une poignée de mains au président palestinien Yasser Arafat au siège de l’ONU à New York, au moment où il déroulait le tapis rouge pour Ariel Sharon. Un Sharon, au lourd passé de sanguinaire à Sabra, Chatila et autres, aux avérées convictions aux antipodes de toute paix avec le monde arabe.
Un Sharon qui a eu beau jeu de profiter de la passivité américaine, bientôt muée en partialité flagrante, pour mener à bien son véritable mandat. Torpiller le processus de paix, geler le processus d’Oslo et détruire purement et simplement l’Autorité palestinienne. Pour cela il peut s’appuyer sans crainte sur une équipe Bush en majorité acquise à sa bêtise. Ne cachant nullement ni son antipathie à l’égard du président Yasser Arafat, ni sa distance vis-à-vis des accords d’Oslo, pourtant conclus sous le parrainage direct des Etats-unis. Les observateurs ne peuvent que relever que «rarement président américain aura été soumis à l’influence de conseillers ayant, sur le Proche-Orient, une sensibilité aussi proche de celle du Likoud, la droite israélienne».
Dans ce contexte, quand George W. Bush a troqué la mine impassible qu’il arborait dans son ranch Texan, pour une attitude plus en conformité avec ses fonctions de président de la plus grande puissance mondiale, et ordonne à son chef de la diplomatie, Colin Powell de dépoussiérer son bâton de pèlerin de la paix, l’espoir est de nouveau permis. Infime, à peine perceptible, certes, mais permis. Car, au bout de ses lenteurs, Powell finira par arriver dans les territoires occupés. Sharon, qui aura eu le temps de détruire encore un peu plus d’infrastructures palestiniennes, devant une Europe qui les a financées, effarée et impuissante, devra alors s’arrêter.
Car, même les conseillers les plus favorables à Sharon, ne pourront alors que souffler à Bush qu’il y va du prestige, et partant des intérêts américains, ceux-là même pour lesquels, il pleut depuis 1990 des bombes américaines sur la terre irakienne.

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