L’entreprise Bouygues en pool position

L’appel d’offres concernant la première tranche de l’ambitieux projet du port de Tanger-Méditerranée donne lieu à diverses spéculations, voire à des réserves, concernant le bénéficiaire final de ce gigantesque ouvrage appelé à décongestionner la façade maritime nord du Maroc. Il doit aussi contribuer grandement à améliorer, qualitativement et quantitativement, les conditions de déchargement et d’embarquement du trafic maritime de cette région et même du reste du Maroc, dans la mesure où il va soulager le port de Casablanca, notamment. Il doit aussi participer à désenclaver la région, optimiser les infrastructures existantes, développer de nouveaux réseaux de communication pour désengager les grandes villes du Nord. L’enveloppe consacrée à ce nouveau port se situe aux alentours de 1,2 milliard de dollars, en dehors des inévitables réajustements qui apparaissent au fur et à mesure de l’état d’avancement de ses travaux. C’est dire l’importance du projet et des enjeux financiers qui l’entourent. La taille et la complexité technique de l’ouvrage ne permettaient à aucune des entreprises nationales du Bâtiment et des Travaux publics (BTP) de soumissionner, pour ce qui est de sa première tranche qui constituait un lot unique, à éclater par la suite en fonction d’un cahier des charges pointu, minutieux et étalé dans le temps.
Plusieurs multinationales du BTP, notamment d’Italie, de Suède et de la Turquie, ont soumissionné après une pré-sélection à partir de critères de technicité et de solvabilité extrêmement rigoureux. Selon des sources qui se disent bien informées, l’entreprise Bouygues-BTP a été retenue comme le moins-disant, lisez celle qui a fait l’offre la moins chère. Mais, ce n’est pas terminé car la commission chargée de recevoir les offres ne s’est pas encore prononcée étant tenue de vérifier certaines charges que cette société assure pouvoir assumer, à travers un certain nombre de garanties. La commission chargée de le faire veut éviter la réédition des anomalies constatées tardivement dans la Mosquée Hassan II, construite par cette même entreprise.
Interrogé par nos soins, M. Bouchaïb Benhamida, Président de la Fédération nationale du Bâtiment et des Travaux publics (FNBTP), auprès de la Confédération générale des Entreprises du Maroc (CGEM), a rappelé que les entreprises marocaines, dans leur configuration actuelle et pour différentes raisons, ne pouvaient pas participer à l’appel d’offres concernant ce premier lot.
À charge pour l’Etat marocain de faire éclater les autres tranches en plusieurs lots, de façon à permettre aux entrepreneurs nationaux d’apporter leur contribution à l’édification de cet important ouvrage, en tenant compte des contraintes objectives auxquelles ils doivent faire face. Pour M. Bouchaïb Benhalima, l’ancien ministre de l’Equipement M. Bouamr Taghouan, était totalement insensible à cette demande. Ce n’est pas le cas de l’actuelle équipe gouvernementale, dirigée par M. Driss Jettou qui n’a pas hésité, affirme le Président de FNBTP, à faire éclater le lot unique des stades de Tanger et de Marrakech, en dix lots, pour associer un maximum d’entreprises nationales à leur construction. Il s’agit bien sûr d’un investissement conséquent.
L’alternative consisterait à aider ces entrepreneurs à se mettre à niveau et d’améliorer leur assise financière, leur technicité et leur façon de s’impliquer dans des projets de la dimension du port de Tanger-Méditerranée. Il leur appartient donc de travailler dans ce sens à travers une approche coordonnée qui met en oeuvre l’intervention des ingénieurs tous corps d’état, depuis la conception technique jusqu’à la réception finale des oeuvres. C’est du moins le voeu formulé par M. Bouchaïb Benhamida.

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