Les 100 jours du gouvernement Abbas El Fassi : Le Premier ministre s’inscrit en faux contre les déclarations de Mohamed Elyazghi

Les 100 jours du gouvernement Abbas El Fassi : Le Premier ministre s’inscrit en faux contre les déclarations de Mohamed Elyazghi

«Je ne me suis jamais — au grand jamais — réuni avec Driss Jettou et Mohamed Elyazghi au sujet de l’attribution de postes de ministres, et encore moins au sujet de Fathallah Oualalou et de son maintien, ou non, au ministère des Finances.» L’affirmation fait l’effet d’une bombe à déflagration. Les yeux écarquillés, personne ne croyait ses oreilles. L’effet de surprise est réel. Ce mardi soir, 29 janvier 2008, à la maison d’hôtes de la Primature – l’ancienne résidence de Abderrahmane Youssoufi—, les représentants de la presse marocaine au grand complet ont l’air abasourdi. Abbas El Fassi, pour son premier contact formel avec les médias nationaux, vient de marquer un point. Un gros. Le ton est donné. Il prend l’avantage et ne le lâchera plus de toute la soirée.
L’homme est détendu. Le débit calme. Une sorte de sérénité l’habite comme elle habite, certainement, tous ceux qui réalisent sur le tard un objectif majeur de leur vie. Une ambition intime qui, à force de grandir, remplit, constamment, toute la tête, tout le corps et toute l’existence. Le petit avocat stagiaire au cabinet de Me M’Hamed Boucetta a fait du chemin. Ce natif de Berkane, le 18 septembre 1940, a fini par tout faire au sein de l’Istiqlal. Mine de rien. Militant de base, activiste, responsable, apparatchik, ambassadeur, ministre — y compris sans portefeuille —, secrétaire général du parti etc. Il avait même poussé la perfection — même si dans les réalités de l’amour, on calcule peu — jusqu’à épouser la fille du fondateur du parti, Allal El Fassi.
Ce soir-là, du passé, il a fait table rase. Il s’occupe de l’avenir d’un pays. C’est le Premier ministre du Royaume qui parle. Il le sait. Et il mesure, malgré tout, le chemin parcouru. Et ses interlocuteurs, parmi lesquels il ne compte pas que des laudateurs ou des courtisans, aussi. Alors il assène ses vérités, ses convictions, ses valeurs, ses principes. L’homme pétri par tant d’années d’attente et de frustrations vécues dans le silence, et la soumission aux anciens, en a à revendre.
Les conditions de préparation de la composition du gouvernement ne lui ont posé aucun problème. Tout s’est déroulé comme cela doit se dérouler dans un pays comme le nôtre. Il y a d’abord le Roi, ensuite, le Premier ministre, c’est-à-dire lui. Entre les deux, il y a des intermédiaires, c’est-à-dire des conseillers du Souverain. Et il y a, finalement, des partis qui négocient, discutent, comme l’USFP. Et il y a ceux, parfois, qui — sous l’influence d’un leader acariâtre, usé par le temps et les combines — ratent le coche comme le Mouvement populaire dont il regrette l’absence au sein de la majorité gouvernementale.
Mais malgré tout, l’amertume de Abbas El Fassi se sentait. Aux insinuations. Aux soupirs. Et au regard, parfois, lourd. La déception n’est pas venue, pour lui, du Palais dont il est fier du soutien sans faille. Non. Elle est venue d’un de ses partenaires, historique et familier, celui de la Koutla. Non pas le parti, lui-même, l’USFP, mais d’un de ses responsables : Mohamed Elyazghi. Celui-ci s’est répandu, pour mieux justifier et faire oublier son échec électoral— ravalé de la première à la cinquième place dans la hiérarchie partisane marocaine —, en révélations sur les supposées négociations qui ont prévalu lors de la constitution  du gouvernement de Abbas El Fassi. Il a accablé ses camarades non retenus d’un refus royal. Il a justifié personnellement le rejet d’un de ses fidèles de longue date. Il a validé avec un culot sans nom sa présence à un poste sans portefeuille. Il a mouillé le Roi en personne dans des discussions imaginaires subalternes. Il a cherché à discréditer le Premier ministre qui serait sans pouvoir et sans personnalité. Et il a, dans son désarroi absolu, finalement, monté au pinacle des conseillers royaux qui n’en peuvent mais. Des interviews en rafale, redondantes dans lesquelles l’histoire ne bégaie pas, mais hoquette lamentablement.
«Tous ceux qui sont dans ce gouvernement ont décidé d’y être. Pour l’USFP, c’est simple. Le Conseil national de ce parti a mandaté le bureau politique pour négocier sa présence au gouvernement. Le bureau politique a demandé à Si Mohamed Elyazghi de faire le travail. Les discussions ont eu lieu et les ministres ont été nommés. Où est le problème ? Personne n’est parti et tout le monde est là. Je ne vois pas vraiment où est le problème.» Du grand art en politique. Du grand Abbas El Fassi qui parfois sait faire l’âne pour avoir du son. Pince-sans-rire, il la joue un peu bébête pour mieux étouffer son adversaire comme un boa constrictor qui développe sa force doucement par petites poussées à la fois glissantes et fermes.
Au sujet des nombreux technocrates qui peuplent son gouvernement, Abbas El Fassi balaie l’argument d’un revers de main. Procédé habile mais un peu dilatoire comme l’apprécierait un avocat madré. «Un technocrate quand il rentre au gouvernement devient un homme politique. Il fait la politique du gouvernement. Un point, c’est tout. Ahmed Akhchichène ou Aziz Akhannouch, par exemple, sont des gens compétents qui font leur travail sérieusement dans le cadre de l’action globale du gouvernement. Que demander de plus?»
Comment a-t-il reçu un communiqué du Cabinet royal qui annule un de ses décrets sur la tutelle des agences de développement. «Très bien, dit-il, cela m’a soulagé.» Il donne à croire qu’il y avait eu une erreur mais qui a été bien rattrapée par les conseillers du Roi. Dans tous les cas, cela n’a aucunement heurté sa sensibilité de nouveau Premier ministre, ni son amour-propre de produit d’appel d’une méthodologie démocratique inédite en terre marocaine.
L’initiative de Fouad Ali El Himma avec son «Mouvement de tous les citoyens» le gêne-t-il? Que nenni ! Abbas El Fassi tient la super forme. «Fouad Ali El Himma a le droit de créer un club de réflexion, une association ou même un parti politique s’il le veut. Il est libre, comme tous les Marocains. Et ce n’est pas un Istiqlalien qui a toujours milité contre le parti unique et pour le pluralisme qui va dire le contraire. Ceux qui ronchonnent, ce sont ceux qui ont un problème avec la démocratie. Maintenant, il y a un fait. Cela ne peut pas être le parti du Roi, le parti du Roi c’est le Maroc, et l’Etat doit rester neutre vis-à-vis de cette initiative.» La messe est dite.
Pour le reste, c’est-à-dire tout ce qui fait le quotidien des Marocains, le Premier ministre déroule, patiemment, son programme auquel il veut imprimer une cadence élevée. Il s’inscrit, résolument, dans une séquence historique qui a vu se succéder à la Primature Abderrahmane Youssoufi, Driss Jettou et lui-même. Le Maroc nouveau ne lui est pas étranger, bien au contraire. Il s’en réclame comme un «relayeur» ou un acteur de la démocratie, un fidèle parmi les fidèles de la monarchie, qui a, enfin, un vrai rôle à jouer dans la comédie du pouvoir.  

Articles similaires

Laissez un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *