Les aléas de l’initiative de Genève

Les aléas de l’initiative de Genève

ALM : Que pensez-vous de l’initiative de paix initiée à Genève?
Mustafa Barghouti: Je peux tout de suite vous dire que cette initiative est très mauvaise pour la cause palestinienne. Et ce pour plusieurs raisons. D’abord sur la forme. L’initiative de Genève est une pâle reproduction des accords d’Oslo en ce sens qu’une partie palestinienne, officielle, se lance dans des négociations avec une partie israélienne non-officielle. En clair, les concessions faites par cette dernière n’engagent en rien l’Etat d’Israël. Alors que les négociateurs palestiniens, eux, se retrouvent liés par leurs engagements. Ensuite, sur le fond, on se demande qui a délégué aux négociateurs le droit de faire des concessions sur la question des réfugiés ou d’Al Qods.
Justement, quels types de concessions la délégation palestinienne a-t-elle faites?
Je rejette catégoriquement le principe de négocier le retour des réfugiés. C’est un droit que seuls ces derniers peuvent exercer et personne ne peut le confisquer. En outre, l’accord de Genève ne mentionne pas clairement la souveraineté palestinienne totale sur Al Qods. Il est uniquement question de la gestion des quartiers de la ville et de la souveraineté sur le Lieu Saint d’Al Qods. En fait, cela sert les intérêts profonds des Israéliens qui veulent à tout prix retirer aux 265.000 Palestiniens d’Al Qods l’identité particulière dont ils jouissent pour qu’ils deviennent de simples citoyens palestiniens. Par ailleurs, l’accord de Genève passe sous silence l’aspect du contrôle des frontières. Il y est même prévu une présence militaire israélienne en Ci-Jordanie. Les Palestiniens ont reconnu la légalité des colonies et se sont même engagés à mettre à la disposition d’Israël l’espace aérien du soi-disant Etat de la Palestine.
Quel est le danger, selon vous, d’un tel accord?
Les dangers sont nombreux. En fait, reconnaître les résultats de cet accord c’est tuer la légitimité internationale, celle qui émane des instances onusiennes et de ses résolutions. L’accord essaye aussi d’occulter les terribles exactions commises aujourd’hui et chaque jour par le gouvernement Sharon. L’accord veut également servir de diversion au moment où ce même gouvernement construit un mur qui a déjà annexé 68% du territoire palestinien. Les termes de cet accord laissent croire que les négociateurs israéliens n’ont aucunement l’intention de voir un Etat palestinien, mais d’une simple autorité autonome sous souveraineté israélienne.
A vous croire, on a l’impression que la gauche israélienne sert également les intérêts d’Ariel Sharon.
Evidement. Le Likoud et le Parti travailliste sont complémentaires. Ce sont les dents d’une même scie. Si la gauche israélienne voulait effectivement la paix, qu’elle évite de dépenser de l’argent dans les hôtels fastidieux de Suisse. Elle devrait plutôt sensibiliser les citoyens israéliens eux-mêmes. Sur ce point, nous sommes prêts à les aider. Certes, Sharon perd de plus en plus de popularité auprès des Israéliens, mais pas au profit de la Gauche. Au contraire, c’est l’extrême droite qui se renforce de jour en jour.
Faut-il cesser donc les négociations avec Israël?
Contrairement à ce que laisse croire l’accord de Genève, les négociations ne sont pas le véritable problème de l’affaire palestinienne. Il s’agit d’une lutte pour l’indépendance, au même titre que pour le Maroc, au milieu du siècle. Il ne suffit pas de se réunir dans une capitale européenne pour construire un Etat palestinien libre et souverain.
C’est une critique dirigée contre les négociateurs palestiniens à Genève?
En effet, certains dirigeants palestiniens ne croient pas du tout à l’Intifada. Leur seul slogan c’est « La négociation jusqu’à la mort ». En fait, il est impossible de parler de négocier avec un gouvernement dirigé par Ariel Sharon. En outre, les Palestiniens doivent avoir d’une seule et même voix. Les dissonances au sein du camp palestinien ne profitent qu’à Israël. Alors que l’Autorité palestinienne a vieilli et prouvé son échec.
Que voulez-vous dire par « une seule et même voix »?
Je veux dire que des élections doivent être organisées. Mais avant, une autorité d’union nationale doit se charger de l’organisation de ces élections. Toutes les composantes palestiniennes doivent siéger dans cette autorité. Je parle de l’OLP, du Hamas, du Jihad et même des représentants de la société civile.
Pensez-vous que la violence israélienne justifie la résistance armée du peuple palestinien?
Avec les exactions commises par Israël, il est tout à fait légitime de résister sous n’importe quelle forme. Sur ce point, on s’attend à ce que cette année soit la plus dure de toute l’histoire de la Palestine, pire que 1948.

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