Les bidonvilles regagnent du terrain

A Casablanca, ce ne sont pas les bidonvilles qui manquent. A elle seule, la métropole réunit le tiers de ces foyers d’habitat insalubre du Royaume. En tout, ce sont près de 75.000 ménages casablancais qui vivent au milieu de tas de tôles sans les moindres conditions de vie décentes. Depuis longtemps, de nombreuses actions ont été entreprises pour mettre fin à ce fléau mais ont pratiquement toutes échoué devant l’ampleur du phénomème. Même le programme national «Villes sans bidonvilles», lancé en juillet 2004, n’a pu concerner la ville de Casablanca considérée comme un casse-tête.
Le ministère délégué chargé de l’Habitat et de l’Urbanisme a préféré s’attaquer à cet énorme chantier en dernier lieu, c’est-à-dire, bien après la signature des conventions-cadres concernant d’autres grandes villes comme Rabat, Marrakech, Agadir, Tanger qui font partie des 70 villes concernées par ce programme national.  Ce n’est que tout dernièrement qu’une approche globale a pu être mise en place. L’objectif est de mettre au point un programme qui prendra en compte l’énormité des besoins, tout en mettant une fin à toute prolifération de l’habitat insalubre. Ainsi, l’éradication des bidonvilles de la capitale économique du Royaume passe par trois tranches. La première, dont le coup d’envoi a été donné par SM le Roi Mohammed VI, s’étale sur la période 2004-2005, concerne quelque 17.500 ménages bidonvillois. Les travaux de construction des différents bâtiments destinés à accueillir ces ménages vont bon train. Le relogement a même commencé pour certains foyers. La deuxième tranche de ce programme spécifique à Casablanca a été lancée en août 2005 et s’est directement inscrite dans le cadre de l’Initiative nationale pour le développement humain (INDH). Les conventions, qui concernent 34.500 ménages, ont été signées en présence du Souverain. La troisième tranche du programme d’éradication des bidonvilles de Casablanca sera lancée en 2006 et concernera le reste des opérations restées jusque-là à l’écart de la dynamique de relogement et de recasement. Ce méga-chantier nécessitera la bagatelle de 4 milliards de DHS financée conjointement entre le ministère délégué chargé de l’Habitat et de l’Urbanisme d’un côté et les collectivités locales en plus de la population de l’autre.
Et pour coordonner l’ensemble de ces opérations, un organisme public, spécialement dédié est en phase de création. Le holding d’aménagement Al Omrane détiendra 49 % du capital de cet organisme qui tournera autour de 20 millions de DHS. Les 51 % restant verront la participation de la CDG, de la BCP du CIH et des collectivités locales concernées. « A Casablanca, le rôle des autorités locales, ministère de l’Intérieur notamment, est primordial pour mener à bien la lutte contre la multiplication des foyers d’habitat insalubre. C’est pour cette raison que nous avons toujours tenu à les associer à toutes les opérations menées dans la métropole », estime le ministre délégué chargé de l’Habitat et de l’Urbanisme, Taoufik Hejira. La mise en place de cet organisme a pour principal objectif de mettre fin à cette complexité de la situation et cette multitude des intervenants qui ont handicapé l’éradication des bidonvilles dans la métropole. Venir à bout de la problématique des bidonvilles suppose une parfaite maîtrise du foncier, du montage financier et d’une mobilisation complète de toutes les institutions concernées. Des conditions qui n’ont pu, pendant longtemps, se réunir. Et malgré toutes les bonnes intentions, le problème persistait toujours. Mais une menace plane dangereusement sur la réussite de cet ambitieux programme, à savoir l’hémorragie de l’habitat insalubre qui continue. Des foyers de bidonvilles s’érigent de jour en jour dans différents quartiers de la capitale économique. « Le rythme d’implantation a certes diminué. Ce ne sont plus les centaines de baraques qui voient le jour chaque semaine. Les contrôles sont effectifs et les autorités beaucoup plus vigilantes. Mais des efforts demeurent insuffisants», expliquent des sources proches du dossier.
Des bidonvilles qui choisissent, selon ces mêmes sources, de s’installer dans des zones résidentielles. « Il est vrai que les grands bidonvilles connus de Casablanca sont très surveillés. Impossible par exemple d’ajouter une baraque à Douar Thomas, Skouila ou autre. Mais sur des zones qui étaient jusque-là à l’écart de l’habitat insalubre, des terrains vides en plein centre de la capitale économique, de nouvelles baraques en tôles se construisent », estiment-elles.

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