Les bombes marocaines dormantes de Ben Laden

Au lendemain des attentats su 11 septembre 2001 à New York et Washington, les services de sécurité marocains avaient démarré l’une des plus grandes opérations d’actualisation d’archives de l’histoire de l’Intelligence marocaine. Du jour au lendemain, des centaines de dossiers étaient sortis des archives et mis à la disposition d’une équipe spécialement constituée pour l’occasion. Objectif : mise à jour de toutes les données relatives aux Marocains ayant eu des liens de près ou de loin avec l’Afghanistan.
Toutefois, ceux qui devaient s’en charger avaient découvert que la mission qu’on leur avait assignée était d’une grande complexité. En effet, les services marocains disposaient certes d’archives sur des centaines de citoyens ayant participé à la guerre du « Jihad » en Afghanistan, mais ces archives étaient réparties entre trois services de renseignements.
Ainsi, les services concernés de la Direction Générale des Etudes et de la Documentation (DGED), ceux de la Direction de la Surveillance du Territoire (DST) ainsi que les Renseignements-Généraux relevant de la Direction Générale de la Sûreté Nationale (DGSN) avaient chacun ses propres archives sur les combattants marocains en Afghanistan. Ces données n’étaient échangées ou recoupées qu’à l’occasion de certaines affaires particulières notamment à l’occasion d’interpellations de certains individus ou lorsque des services étrangers « amis » sollicitaient l’aide de leurs homologues marocains. Aussi, le premier obstacle que l’équipe chargée de la mission d’actualisation a dû surmonter est bien celui de l’inexistence d’une base de données unifiée regroupant toutes les informations sur les individus fichés par les différents services de sécurité nationaux. Le deuxième pas était de recouper ces informations avant de procéder à leur analyse et leur exploitation.
Selon des sources proches des services de sécurité, cette opération aurait permis d’établir une liste de presque 1 500 « Marocains afghans ». Cette liste est répartie en deux groupes puisqu’il s’est avéré qu’il existe deux générations de Marocains ayant fait la guerre en Afghanistan. Il y a la première génération qui commença à se rendre en Afghanistan au début des années 1980 au lendemain de l’invasion de ce pays par l’ex-armée soviétique, et il y a ceux qui y sont allés à la fin des années 1990 après l’effondrement de l’URSS et le retrait de l’armée rouge. Pour les analystes, la première génération est la moins dangereuse, car la majorité de ceux qui étaient partis faire la guerre aux Soviétiques étaient rentrés quelques mois plus tard et avaient fini par récupérer une vie normale et ordinaire. D’ailleurs, l’on raconte que les Marocains y allaient essentiellement pour faire parvenir des fonds de solidarité avec la cause des Moudjahidine collectés par certaines associations islamistes.
Quant à la deuxième génération, elle est considérée comme la plus dangereuse puisque son arrivée avait coïncidé avec la victoire des talibans et l’épanouissement de l’organisation terroriste fondée par Oussama Ben Laden. C’est cette génération qui donnera les terroristes les plus meurtriers de l’Histoire dont les Marocains accusés d’avoir participé aux attentats du 11 septembre ou ceux qui ont planifié les attentats terroristes du 16 mai à Casablanca et dont certains sont aujourd’hui accusés d’avoir exécuté les attiques terroristes des gares de Madrid.
Aujourd’hui, l’on découvre que ces adeptes de Ben Laden se seraient réunis, la veille de l’entrée des forces américaines en Afghanistan, dans une région du Pakistan afin de planifier « l’après Al Qaïda » et ont fini par créer le Groupe islamique combattant marocain (GICM) dont ils établirent le siège à Londres. Munis de faux passeports, la plupart d’entre eux sont rentrés au Maroc ou se sont installés en Europe occidentale, où ils mènent une vie discrète et forment des cellules dormantes jusqu’au jour où ils décident de passer à l’action. Ce fut ainsi pour Casablanca et Madrid.

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