Les chiens attaquent

Les chiens enragés attaquent Casablanca. Cela sonne comme le titre d’un film adapté d’un roman d’horreur de Stephen King. Et pourtant, ce n’est pas de la fiction. Le problème est réel. Les scènes de risque et de peur se multiplient. Dans un quartier huppé de Casablanca, une tribu de chiens chétifs courent, langue pendante, derrière une chienne en chaleur. La situation est devenue telle que les habitants craignent de se hasarder dehors la nuit sous peine d’être mordus. La capitale économique connaît depuis quelque temps une recrudescence de ce phénomène qui se confond, dans l’indifférence générale, avec un paysage urbain déjà chaotique. Le laisser aller est plus que patent.
Par hordes entières, ces bâtards, qui viennent souvent de la périphérie casablancaise, sillonnent la ville de long en large, la nuit comme le jour, enfonçant leur museau dans les ordures et les saletés. Ils sont partout même dans le centre ville et les grandes artères. Ces animaux, qui mangent n’importe quoi, deviennent des dangers ambulants lorsqu’ils sont atteints de rage. Un simple contact humain avec eux transmet le virus qui peut conduire à la mort. À l’institut Pasteur de la ville, le vaccin anti-rabique fait l’objet d’une demande de la part des communes rurales. Casablanca, elle, semble s’en désintéresser alors que l’alerte à la rage est sérieuse.
Plus dramatique encore, tout se passe comme si personne n’était responsable de la capture de ces chiens abandonnés. Du côté des abattoirs, qui dépendent de la communauté urbaine de Casablanca (CUC), où existe pourtant une fourrière animale prévue à cet effet, on met en avant le caractère flou des dispositions de la charte communale de 1976 pour faire entonner l’air de la défausse. L’article 59 de cette loi stipule en effet que la communauté urbaine s’occupe de la création et de la gestion des abattoirs.
Aucune mention claire du ramassage des chiens errants. Résultat : les responsables de la CUC assènent qu’ils n’ont rien à voir avec la capture de ces bêtes sans maîtres même si les abattoirs possèdent une fourrière et un budget pour cette tâche. Comme matériel, un seul véhicule pour 27 communes de Casablanca. Deux appels d’offres lancés au cours de ces dernières années pour l’acquisition d’autres voitures se sont avérés infructueux. La raison ? Les soumissionnaires ne feraient pas l’aménagement des véhicules selon les normes exigées.
Dirigée par le RNI Saâd Abassi, la communauté urbaine refile la patate chaude aux communes. C’est à elles qu’incombe la besogne de la capture des chiens errants sur son territoire au même titre que la collecte des ordures ménagères. Les abattoirs, eux, ne s’occuperont que de la gestion de la fourrière et de la prophylaxie sanitaire de la rage. D’ailleurs, la CUC, en collaboration avec la Wilaya du Grand Casablanca, planche actuellement sur un projet dans ce sens. Par ailleurs, une circulaire interministérielle, Santé publique, Agriculture et Intérieur, est en cours de signature pour déterminer les attributions de chaque département en la matière.
Président UC de la commune de Ben M’Sik, Mustapha Sabik explique : “ Qui était censé depuis tout ce temps de nettoyer la ville des chiens errants et autres bêtes vagabondes ? La communauté urbaine bien sûr, puisqu’elle a été dotée de moyens dans ce domaine.
La preuve ? Les communes ne se sont jamais équipées en conséquence“. Il poursuit, une pointe d’ironie dans la voix, : “ Si les chiens, les ânes et les chats se regroupent pour revendiquer leurs droits, ce serait la plus grande manifestation de Casablanca. Reste à trouver celui qui se chargerait des banderoles“.
Du côté de la direction de la santé animale au ministère de l’Agriculture, on note que la responsabilité de capture des animaux errants et leur mise à mort, tout comme les mesures sanitaires appropriées, revient aux communautés urbaines à travers les différents services qui dépendent d’elles. En attendant de trouver une solution à ce problème grave et s’entendre sur une procédure claire en la matière, les chiens errants, livrés à eux-mêmes, rôdent à leur guise comme des ombres.

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