Les européens prônent à Rabat une immigration africaine contrôlée

Les représentants européens à cette conférence à laquelle participent 57 pays – 30 européens et 27 africains -, ont insisté sur la nécessité de lutter contre les filières mafieuses qui contrôlent l’immigration illégale entre l’Afrique de l’ouest et centrale, et l’Europe.

"Tout doit être fait, par chacun d’entre nous, pour éviter les drames humains qui jalonnent le parcours de l’immigration illégale", a insisté le chef de la diplomatie française, Philippe Douste-Blazy.
Les pays d’origine, de transit et d’accueil représentés dans la capitale marocaine pour cette réunion inédite, vont tenter jusqu’à mardi de lancer un partenariat conjuguant mesures de lutte contre l’immigration illégale et aide aux pays africains visant à en couper les racines socio-économiques.

Le président français Jacques Chirac a appelé les participants dans un message écrit à unir leur efforts contre l’immigration clandestine "dans le respect de la dignité humaine mais avec fermeté" "Il en va de l’intérêt même des hommes et des femmes qui se risquent à venir" en Europe, de l’intérêt des Africains y séjournant légalement et de celui des Européens inquiets devant la mondialisation, a-t-il ajouté.
Son ministre de l’Intérieur, Nicolas Sarkozy, a rappelé le voeux de Paris de relancer une politique d’immigration du travail "organisée, régulée, maîtrisée dans le cadre d’une concertation d’Etat et Etat".
"L’immigration zéro est un mythe dangereux", a souligné M. Sarkozy, tout en réaffirmant sa ferme détermination à lutter contre l’immigration illégale "intolérable".
"J’ai la conviction profonde que l’immigration africaine, sous certaines conditions, peut être une chance aussi bien pour l’Europe que pour l’Afrique", a-t-il encore dit.

D’accord, mais à condition que cette immigration légale "ne fraye pas le chemin à une fuite catastrophique des cerveaux", a mis en garde le ministre sénégalais des Affaires étrangères, Cheick Tidiane Gadio, se faisant l’écho des vives inquiétudes exprimées par l’Union africaine.

Sur la même ligne que Paris, le chef de la diplomatie espagnole, Miguel Angel Moratinos a prôné la définition commune d’un "modèle d’émigration équilibrée, dans l’intérêt de tous".
Il a souligné l’intérêt partagé d’une Europe qui ne peut se "laisser déborder" et de l’Afrique, qui "ne souhaite pas la fuite de ses élites".
La Conférence de Rabat doit déboucher mardi sur l’adoption d’une déclaration politique et d’un Plan d’action conjuguant pour la première fois des mesures de contrôle des "routes de l’immigration" clandestine, de développement et co-développement, et d’organisation de l’immigration légale.

Elle répond au SOS lancé en octobre 2005 par le Maroc et l’Espagne, alors submergés par des assauts de clandestins africains sur les grillages-frontières des enclaves espagnoles de Ceuta et Melilla, dans le nord du Maroc, dans lequels 14 avaient péri.

Le verrouillage policier ultérieur de cette unique frontière terrestre entre l’Afrique et l’Europe n’a fait que déplacer la pression vers l’archipel des Canaries, où plus de 10.OOO émigrants africains partis de Mauritanie ou du Sénégal ont déferlé depuis janvier à bord de barques de fortunes. Des centaines ont péri noyés.

Le ministre marocain des Affaires étrangères, Mohamed Benaïssa a estimé qu’il est "urgent d’oeuvrer pour la mise en oeuvre d’initiatives concrètes notamment en matière d’éducation, de recherche scientifique et de développement" dans les pays africains.

Le chef de la diplomatie sénégalaise, Cheick Tidiane Gadio a jugé quant à lui que le seul moyen d’éviter de tels drames était de déployer une "logistique d’envergure" pour "contrôler et surveiller les côtes africaines".

Mais il a surtout estimé que la conférence de Rabat était l’opportunité de lancer sur le sol africain "de vastes programmes de développement économique susceptibles de fixer les populations" dans leurs pays d’origine.

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