Les groupes familiaux ont-ils encore un avenir?

Les groupes familiaux ont-ils encore un avenir?

En quelques décennies, le processus de dérégulation croissante des économies au niveau national bat en retraite face à l’économie globale, pas vraiment régulée. Les règles ne sont plus les mêmes. En multipliant les flux et les échanges, la mondialisation rend les frontières perméables, les sociétés plus ouvertes, les marchés plus instables, les entreprises sous pression, les travailleurs plus vulnérables. Les impératifs d’ajustement et de compétitivité des nations et des entreprises entrent en conflit avec les exigences des intérêts établis, des lobbies et dans une large mesure avec la solidarité sociale. En découlent des tensions plus exacerbées. Dans le cas particulier du Maroc, les premiers à faire face à cette vague sont les groupes familiaux, traditionnellement habitués à évoluer dans un cadre fermé, bien protégé et plus enclin à la rente qu’à l’investissement pérennisé. Si la mondialisation n’intègre pas les gens et les intérêts de leurs familles, ces derniers s’opposeront à son expansion. Toutefois, si les gens s’opposent à la mondialisation, ce n’est pas parce qu’ils sont contre, mais parce qu’ils n’en voient pas les bénéfices dans leur vie. Dans cette perspective, les entrepreneurs, la société civile, les gouvernements et le système multilatéral des organisations internationales ont leur part de responsabilité dans la réponse à l’appel des exclus de la mondialisation. Fort heureusement, nombreuses sont les familles à avoir bien négocié le tournant de la mise à niveau nécessaire pour prendre le train de la mondialisation. Quelles s’appellent, Chaâbi, Bensaleh, Zniber, Lamrani, Benjelloun, Ghazali, Amhal ou Raji, l’effort d’institutionalisation nécessaire est bien engagé. Mais le travail amorcé est loin d’être fini. La dernière famille à prêter l’oreille aux sirènes de la mondialisation est la famille Kettani. Consciente de la lourde responsabilité dans la gestion de l’épargne nationale, elle a préféré passer le relais à la BCM. Le nouvel ensemble BCM-Wafa ainsi né dispose désormais de meilleurs atouts pour mieux faire face à la mondialisation galopante. « L’arrivée en force des majors nous a poussés à considérer une nouvelle échelle de développement. La famille n’a pas les moyens ni la lucidité nécessaire pour y faire face. La responsabilité exige de nous de passer le relais à des mains sûres », affirmait en toute lucidité, Saâd Kettani, président de la société SOPAR, holding familial des Kettani. Souvent mise en question, la gestion familiale pêche assurément par des manquements non négligeables. Toutefois, il faut reconnaître que certains groupes, loin de tout paternalisme, ont bien anticipé sur les défis annoncés. Le choix de la cotation en Bourse, avec les exigences de transparence, est à saluer. Mais au chapitre des manquements, une institutionnalisation du capital doit prendre les différentes formes plus modernes (introduction en Bourse, introduction au capital de sociétés de capital-risque …). Côté gestion, combien même les jeunes générations, de par leurs cursus universitaires mondialisés, sont au diapason des techniques modernes, il est toutefois triste de relever des «réflexes de papa», en déphasage avec leur acquis. La vision court-termiste n’obéit à aucune logique économique. «Malheureusement, l’histoire de notre pays nous apprend qu’une génération construit, la seconde vient en profiter, alors que la troisième détruit», affirme, non sans amertume, Houcine Benjelloun, président fondateur du groupe Forafric, leader dans le secteur des céréales au Maroc. Pour lui, le capital financier existe, mais le capital humain manque d’éducation et d’accompagnement de base. «C’est pourquoi, l’esprit qui doit animer tous les collaborateurs est un rapport win-win. Il faut être juste », précise-t-il. Mais avec un optimisme éclairé, Houcine Benjelloun laisse entendre que certaines familles ont bien préparé la relève. «La mondialisation est notre pire ennemi. Elle risque de nous balayer tous. Je crains que si elle continue de cette manière, nous deviendrons tous des employés de multinationales. Le meilleur d’entre nous sera directeur, non pas grâce à sa compétence, mais à cause de faible coût qu’il représente», estime Houcine Benjelloun. L’universitaire Rachid Belkahia, de son côté, fait remarquer que maintenant, beaucoup de grands groupes de classe mondiale sont familiaux. « Le caractère familial ne saurait donc constituer un facteur rédhibitoire pour relever le challenge de la mondialisation quand on a la capacité à mettre en oeuvre efficacement les transformations à la fois organisationnelles et culturelles au sein de son entreprise », recommande-t-il.

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