Les incertitudes du monde arabe

Les incertitudes du monde arabe

ALM : Tout d’abord, que pensez-vous des images choquantes de la capture de Saddam par l’armée américaine?
Noureddine Médiane : Les images passées par les télévisions du monde entier de l’arrestation de Saddam sont le résultat de la situation désastreuse du monde arabe. Cette Oumma vit dans l’attente de l’inconnu. Les sentiments arabes vacillent entre espoir et abattement. Depuis le 11 septembre, le monde arabe s’est effrité. Il a eu le coup de grâce avec l’invasion de l’Irak par les Américains et leurs alliés. La fluctuation des Etats arabes, au sujet de l’affaire palestinienne, est une preuve de leur fragilité, pour ne pas dire leur dislocation. Ajoutez à cela, le soutien inconditionnel apporté par les Etats industrialisés à Israël, et parallèlement les menaces proférées par Washington contre la Syrie. En somme, le monde arabe passe par une réelle crise.
Quelles sont, justement, les raisons de cette crise multidimensionnelle?
Sans aucune hésitation, je vous dirai que ce sont les gouvernements arabes qui en sont responsables. Depuis un certain moment, la majorité des Etats arabes se sont lancés dans une course à la bénédiction américaine. Pratiquement tous veulent gagner les faveurs de l’Oncle Sam dans les domaines politique, économique et militaire.
Pourquoi en sommes-nous arrivés à ce stade?
Les origines des maux de la Oumma sont, vous l’avez souligné, multiples. Mais je pense que l’aspect politique est le premier à prendre en considération. La majorité des gouvernements arabes ont confisqué les droits humains les plus fondamentaux de leurs citoyens. Même symboliquement, la démocratie est inexistante dans bon nombre de pays arabes. La démocratie est donc un préalable pour recouvrer notre dignité.
Qu’en est-il de l’aspect économique ou culturel?
Le monde arabe abonde de richesses lui permettant de créer une véritable complémentarité entre ses différentes composantes. Il n’est pas du tout difficile de nous imposer économiquement et culturellement dans le concert des nations. Les peuples arabes sont conscients de leur force. Mais encore faut-il les laisser s’exprimer. Aujourd’hui, malheureusement, les divergences d’opinions et surtout d’intérêts des gouvernants bloquent le décollage du monde arabe.
Pensez-vous que le décollage du monde arabe est possible avec des dirigeants qui sont au pouvoir à la suite de coup d’Etat?
Il est vrai que bon nombre de présidents arabes ont pris le pouvoir par la force. Mais cela ne devrait pas les empêcher de créer leur propre légitimité. Tout simplement en ouvrant les portes de la démocratie. Si le peuple est réellement satisfait de son régime, c’est déjà un point positif. Prenez l’exemple de Saddam Husseïn. On l’accusait d’être un dictateur sanguinaire. Mais il ne faut pas oublier qu’une bonne partie des Irakiens le regrette aujourd’hui car il a réussi à unifier l’Irak. Ce pays est composé de plusieurs tribus, plusieurs ethnies et plusieurs religions. L’Irak a été le seul pays à défier Israël et les Etats-Unis. Saddam a, malgré tout, laissé une empreinte positive. Le jour de sa capture a été un jour de tristesse pour tous les Arabes. D’ailleurs, les Américains ont tenu à montrer les images de son arrestation afin d’humilier tous les peuples arabes.
Comment voyez-vous l’avenir de la Oumma?
Tout d’abord, l’avenir du monde arabe est dans l’instauration d’une véritable démocratie. Aussi, nous parlons de mondialisation, d’ouverture des frontières, etc. Il est grand temps de créer des rassemblements régionaux entre Etats arabes et utiliser toutes nos potentialités. Nos capitaux humains et économiques sont énormes. Et c’est justement eux qui font peur à nos ennemis qui se réjouissent de notre dislocation.
Qui sont nos ennemis?
Les sionistes sont nos seuls ennemis. Le sionisme a des ramifications aux Etats-Unis et ailleurs. Une unité arabe est un danger pour Israël. La stratégie d’Israël est très claire à ce sujet. Les peuples et les gouvernants arabes le savent très bien. Je rappelle que la solution est dans l’instauration d’une démocratie réelle.

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