Les leçons d’un scrutin majeur

L’assistance retenait son souffle, quoique que le suspense fût largement retombé après l’annonce, la veille, des résultats non officiels. Mais les supputations allaient quand même bon train dans la grande salle du ministère de l’Intérieur où il fallait venir tôt pour trouver une place. Driss Jettou a commencé par affirmer que la démocratie marocaine a été le « grand vainqueur » du scrutin de vendredi dernier.
A propos du retard enregistré dans la proclamation des résultats, le ministre a souligné que « plutôt que de s’«alarmer, les lenteurs enregistrées dans la proclamation des résultats –qui a lieu in situ au niveau de chacune des 91 circonscriptions, les services du ministère de l’Intérieur ne faisant que les recueillir après leur proclamation légale – doivent rassurer sur le soin qui a entouré le pointage minutieux, le traitement arithmétique précis des données et la conformité de l’ensemble des opérations aux dispositions légales, afin de mettre les résultats du scrutin à l’abri de toute contestation et d’éliminer les risques d’invalidation ».
L’assistance n’a pas eu connaissance dimanche du résultat du scrutin des listes nationales. Les procédures de contrôle et de calcul nécessaires, qui ont démarré seulement dimanche matin, devaient se poursuivre encore pendant plusieurs heures, au fur et à mesure de la réception de procès-verbaux, a dit le ministre. Commentant les résultats des partis sur les 295 sièges à pourvoir au niveau des listes locales (voir encadré), Driss Jettou a souligné que « L’USFP, le PI, le PJD, le RNI et la Mouvance populaire se rangent nettement à l’issue de ce scrutin au rang des grandes formations, sur l’échiquier politique. Leurs poids respectifs sont, à quelques sièges près, sensiblement similaires. Les plus anciens parmi ce groupe ont certainement souffert de l’éparpillement des voix engendré par l’arrivée sur la scène politique de plusieurs nouvelles formations qui ont puisé dans la sphère de leur ». Il a ajoute que «l’UC, en revanche, marque un net recul par rapport à la position qu’il occupait précédemment ». Quant au PPS, au FFD, à l’UD et au PND, voire au MDS ou au PSD, le ministre a qualifié leurs scores de «très moyens», conférant à ces partis «un statut de formations d’appoint».
Pour les nouveaux partis, il a affirmé que « les suffrages et les sièges insignifiants obtenus par la quasi-totalité des nouveaux partis contrarient les ambitions que les uns ou les autres ont cru devoir former ou afficher. Leur participation, en revanche, et la présence que certains ont tenu à avoir dans le plus grand nombre de circonscriptions a beaucoup desservi et pénalisé les grandes formations dont ils peuvent être considérés comme proches». Il a par ailleurs commenté le taux de participation de 52 % à ces élections. «Au premier abord, a-t-il dit, ce pourcentage pourrait paraître modeste, comparé notamment aux taux enregistrés au cours des consultations antérieures….» Mais il a précisé que «ce niveau de libre participation des citoyens nous rapproche plus qu’il ne nous éloigne des normes usuelles des démocraties occidentales».
A propos du pourcentage des bulletins nuls, qui avoisine les 15%, M. Jettou a affirmé que « toutes les craintes que nous avions formées à ce sujet –gouvernement et partis politiques – se sont vérifiées. L’immense effort d’application, à coup de spots télévisés, de bandes sonores, d’apprentissage de proximité, au moyen de planches de logos remises aux candidats, n’a pas suffi à vaincre l’impréparation d’une partie de l’électorat». «Nous savions à l’avance que c’était là aussi un prix à payer pour l’application de nouveaux procédés dédiés à la régularité du scrutin», a-t-il dit.
Concernant les «anicroches» qui ont entaché les élections, le ministre a souligné qu’une confrontation électorale de cette ampleur, mettant aux prises plus de 1770 listes et plus de 5800 candidats, ne pouvait en être totalement épargnée. Et d’énumérer quelques incidents, «sans gravité ni conséquence majeure», tels que la poursuite indélicate de la campagne électorale le jour du vote, l’abord irrégulier ou la tentative d’influence des électeurs… «Mais, dans l’ensemble, a-t-il poursuivi, ils relèvent de cas tout à fait isolés dont ont été le théâtre Casablanca-Anfa, Ben Guerir, Jerada et Mohammedia». En tout et pour tout, deux cas d’agressions avec blessures ont été signalés, a-t-il ajouté, soulignant que les procédures d’usage ont été engagées, et que les auteurs de ces infractions ont été traduits devant la justice. Il a également relevé quelques cas isolés d’infractions concernant les opérations proprement dites de vote. Il s’agit notamment de cas d’ouverture tardive de bureaux de vote. Deux autres cas de bris et de tentative de vol d’urne, dans la province de Taounate et un cas de saisie d’un bulletin de vote portant le cachet de l’autorité locale à Sidi Allal Tazi, dans la province de Kénitra, ont été enregistrés. Il s’agit, a dit le ministre, d’un petit nombre d’incidents ou d’infractions « sans grande conséquence, qui n’affectent en rien le climat général de sérénité et de régularité qui a caractérisé le déroulement du vote dans les dizaines de milliers de bureaux ouverts à travers le Royaume ». Mettant en exergue la neutralité de l’administration, M. Jettou a indiqué que le ministère de l’Intérieur « a fait preuve d’une fermeté à toute épreuve », rappelant que son département « n’a pas hésité à prendre les sanctions nécessaires ou à procéder au repli administratif des auteurs présumés » de manquements à cette règle de neutralité.

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