« Les ministres coûtent cher à l’Etat »

« Les ministres coûtent cher à l’Etat »

ALM : Le Premier ministre vient de demander une réduction des frais de fonctionnement des différents départements ministériels. Quel commentaire en faites-vous?
Driss Benali : Ce n’est pas une décision prise pour la première fois. De temps en temps, lorsque les caisses de l’Etat commencent à se vider, l’on pense systématiquement au poids considérable que constitue le fonctionnement de l’Administration marocaine. A commencer par le chiffre le plus parlant, celui de la masse salariale, qui constitue près de 13% du PIB, ce qui est énorme pour un pays en voie de développement comme le Maroc. Un pourcentage non encore atteint par des pays comme le nôtre, réputés pour le grand nombre de fonctionnaires, l’Egypte en l’occurrence où la masse salariale ne dépasse pas les 8%. Et ces fonctionnaires coûtent très cher à l’Etat. Non seulement en raison de leurs salaires, mais aussi en nature, à savoir la prise en charge de leurs dépenses en transports, téléphone et déplacement. Des avantages qui sont rarement accordés ailleurs. Impossible d’imaginer de payer le jardinier, le chauffeur ou le cuisinier d’un haut fonctionnaire dans des pays développés comme la France, le Canada ou les Etats-Unis.

Dans ce cas alors, pensez-vous que ces mesures seront-elles appliquées de manière stricte ?
L’Administration marocaine est très lourde à gérer ; difficile de la changer radicalement du jour au lendemain. C’est pour cela que ce genre de mesures ne seraient pas du tout prises au sérieux. L’on aurait tendance par exemple à laisser passer l’orage en attendant que tout rentre dans l’ordre, c’est-à-dire que l’on revient au train-train quotidien. A mon humble avis, ce n’est pas la nature des mesures à prendre qui pose problème. Rien à dire sur le fond et la nécessité de réduire ce genre de dépenses qui pénalisent beaucoup le budget de l’Etat. Je pense que tout le monde est d’accord là-dessus. Mais sur la forme, et sur la manière de prendre les décisions, il y a à faire. Il faudrait à mon avis procéder de manière beaucoup plus organisée et instaurer un système de contrôle strict. En matière de lutte contre les abus d’appels téléphoniques, pourquoi ne pas mettre en place un système de contrôle à l’américaine qui obligerait tout fonctionnaire à justifier ses appels. Et ce n’est qu’un exemple dont l’application pourrait être généralisée à d’autres domaines. Prenons un autre exemple, celui des déplacements de plus en plus fréquents des hauts responsables du gouvernement. Et bien, je dirais qu’ils ont tous tendance à faire dans l’excès de communication, tout en oubliant le fond du sujet à traiter.

Pensez-vous que ce genre de réductions des dépenses seront efficaces ?
Prendre ce genre de mesures et les appliquer est indéniablement une bonne chose. En effet, vu la conjoncture actuelle, toute économie est à prendre. Ce serait un bon point si l’on arrive à grignoter sur l’importante masse des dépenses de fonctionnement de l’Etat. En tout cas, ce ne sont pas nos partenaires internationaux, Banque Mondiale et Fonds monétaire international pour ne citer que ceux-ci, qui s’en plaindront.

Mais trop d’économie n’handicaperait-il pas le fonctionnement de l’Administration ?
Je ne le pense pas. Il suffit simplement de procéder de manière intelligente. Ce ne sont que les dépenses vraiment superflues qui doivent être supprimées. Prenons par exemple le cas de ces dizaines d’inaugurations faites par des ministres ou autres hauts responsables qui se déplacent en masse et en fanfare pour l’ouverture d’une crèche. Le coût de leur déplacement et de l’immobilisation de fonctionnaires locaux reviendrait peut-être beaucoup plus cher que le budget global du projet en question. Pourquoi ne pas travailler en silence et abandonner ces sources de dépenses très inutiles ?

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