Les petits damnés de la vie

Enfance volée. Enfance violée. Enfance vendue. Ce sont les trois “V“ qui marquent du sceau de la honte la vie des mineurs dans les pays sous-développés ou en voie de développement. Au Maroc par exemple, un enfant, dès qu’il n’est pas protégé par le filet familial pour une raison ou une autre (pauvreté, divorce…), se trouve tout de suite exposé au pire, qui l’éloigne d’une vie normale que doit mener tout être en bas âge.
Rejeté par la société, il est confronté à son corps défendant à l’univers impitoyable des hommes et aux conditions difficiles du quotidien. Pour survivre, il est en général obligé de travailler. C’est un euphémisme dans beaucoup de cas. Il est convenable de parler plutôt d’exploitation. Quand ils ne sont pas martyrisés, ils sont soumis aux pires sévices y compris sexuels. Ceux qui ne trouvent pas de boulot où passer le temps basculent facilement dans la délinquance et font de la rue leur famille, leur domicile, leur monde… Au Maroc, les chiffres officiels sur le travail des enfants sont inexistants. Juste des estimations selon lesquelles 10% de la population active a moins de 18 ans. D’autres experts avancent que l’activité enfantine concerne près d’un million. C’est énorme.
Démunis de tout moyen de défense, ces floués de la vie se rabattent soit sur des petits boulots précaires (cireurs, camelots, vente de cigarette) ou sont engagés en apprentissage précoce (Mataâlem) auprès d’un mécanicien, un forgeron, un menuisier ou un artisan… Sous prétexte qu’ils apprennent un métier qui leur permettra un jour de devenir leur propre patron (Maâlem), ils sont payés des misères pour le travail pénible qu’ils accomplissent : 20 à 30 Dhs la semaine. Selon certaines études de terrain, rein que le secteur de la tapisserie fait travailler de 5000 à 10000 enfants de 8 à 14 ans. Quand on les interroge, la plupart de ces exploités veulent bien être ailleurs, dans une école pour apprendre à lire et à écrire…
Mais le destin en a décidé autrement. C’est le cas de Rachid qui trime comme apprenti dans un garage de mécanique. Le visage et les mains pleins de cambouis, ce garçon chétif raconte, les larmes aux yeux, son calvaire et sa vie de chien. Ayant perdu ses parents, il a quitté son douar pour aller gagner sa vie en ville. Il n’a jamais mis les pieds dans un établissement scolaire. Figurant parmi les pays en pointe du combat pour les droits de l’enfant, le Royaume a ratifié les conventions internationales du travail relatives à l’âge d’admission au travail et aux pires formes d’emploi.
Par ailleurs, il s’est engagé à adopter la loi portant l’âge de la scolarité obligatoire à 15 ans dans le cadre de la politique de la généralisation de l’enseignement, à harmoniser la législation du travail concernant l’âge d’admission au travail… Autant de mesures susceptibles de contribuer à la réduction de la souffrance de l’enfance. Encore faut-il que ces conventions signées soient suivies d’effets sur le terrain et que les atteintes aux droits de l’enfant donnent lieu à des sanctions. La promotion des droits de l’enfance doit pouvoir s’accompagner de la répression des actes anti-enfance.Deux faces d’un même combat.

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