Les portes du paradis

Avant d’accepter de retracer le chemin qui lui a permis d’atteindre le Maroc, Paul tient à expliquer les raisons qui l’ont contraint à quitter Brazzaville. « Mes frères subsahariens et moi-même sommes dégoûtés de la vie, gangrenés par la misère, terrassés par les promesses politiques non tenues ! », dit-il. Il ajoute que l’unique moyen de changer de vie consiste à quitter le pays d’origine. L’obtention d’un visa étant impossible, il leur reste l’espoir d’entrer en Europe sans permission. « Quiconque jette un coup d’oeil sur la carte de l’Afrique constate que le Maroc est si proche de l’Europe qu’il semble faire corps avec elle », précise-t-il. Et d’ajouter : « il est normal que le Maroc constitue la plate-forme de prédilection de tous les Africains qui rêvent des côtes espagnoles ». Mais quel chemin il a fallu parcourir avant d’en arriver là ! Paul explique que près de la moitié de la somme qu’il a amassée, à coups de dettes, d’aides et de sacrifices, s’est envolée avec l’avion qui l’a acheminé de Brazzaville à Abidjan. À partir de la Côte d’Ivoire, la voie terrestre est toute tracée pour atteindre le Maroc. La traversée commence dans un camion, explique Paul. De préférence, un camion qui transporte de la marchandise d’Abidjan vers Yamoussoukro. « Cela ne coûte presque rien », précise Paul. À Yamoussoukro, il existe des camionnettes dont les conducteurs sont habitués à transporter les gens jusqu’à la frontière avec le Mali. Pour traverser la Côte d’Ivoire de l’Océan Atlantique jusqu’au Mali, il a fallu sept jours à Paul. Cette durée va se multiplier par trois au Mali. Paul ne parle pas des difficultés rencontrées en chemin. Il dit n’avoir rien vu de Bamako ou Tombouctou. Il cherchait des véhicules pour le rapprocher du Maroc à moindre coût, « un point c’est tout ! » Après le Mali, l’Algérie « où l’on commence à rencontrer des hommes blancs, et c’est déjà un petit bout de notre rêve qui est atteint ». Est-ce que les autorités algériennes leur barrent le chemin du Maroc ? « Pas du tout ! Elles ne s’intéressent pas à nous, mais nous ne les provoquons pas non plus. Dès qu’on voit des soldats algériens, on se cache ! ». Paul dit avoir rencontré à Tombouctou trois Burkinabés et c’est grâce à eux qu’il a compris qu’il est plus facile de traverser la frontière algéro-marocaine par le Nord. Ensemble, ils ont mis un mois pour traverser l’Algérie de la frontière avec le Mali jusqu’à Oran. Il ajoute que durant la traversée de l’Algérie, il leur est arrivé de faire « de petits boulots », et particulièrement dans le domaine de la maçonnerie. À Oran, ils ont pris le chemin d’un café dont ses trois compagnons savaient le nom depuis le Burkina Fasso. Dans ce lieu, ils ont pris contact avec des passeurs algériens qui leur ont permis de traverser la frontière « à proximité d’Oujda », précise Paul. Aujourd’hui, Paul vit à Casablanca. Il est vendeur déambulant. Cela fait deux ans qu’il ramasse de l’argent pour la traversée du Détroit. Et il ne doute pas de la réussite de son entreprise : « comme je suis croyant, je sais que Dieu ne me fermera pas les portes du paradis ».

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