Les prêches de sang

Il ne manquait que cette affaire. Celle de Hassan Kettani. Un prêcheur qui s’est vite forgé une réputation de guide de la Salafia Jihadia. Un guide à un moment où tout jure par la violence. Ses prêches à la mosquée de Mecca à Salé sont diffusés par cassettes audio, voire vidéo où le jeune chef spirituel prône une vision de l’Islam qui ne cadrait pas avec les préceptes convenus au Maroc et ses rites malékites. Cela devenait de plus en plus dangereux que son statut de prêcheur le prédispose à avoir de l’ascendant sur ses adeptes.
C’est devenu tellement dangereux que parmi ses disciples, il y en a qui prônent la violence et se permettent d’exécuter des gens. Le notaire Youssef Fikri a fait les frais à Casablanca. D’autres à Tanger et Youssoufia… Les services de sécurité, après une série d’arrestations opérées dans les milieux intégristes, notamment celle d’Abou Hafs à Fès, ont été conduits à Hassan Kettani. Une convocation a été adressée à ce dernier. Début de l’affaire.
Le vendredi 31 janvier 2003 à 9h du matin, Cheikh Kettani se présente à la préfecture de la police de Rabat-Salé. L’entrevue a commencé vers 10h30 et elle s’est terminée vers 12h15. Il part accomplir la prière du vendredi à la mosquée.
Retour au commissariat après Al Asr, et reprise de l’interrogatoire jusqu’à la nuit. Signature d’un PV et une deuxième convocation a été faite au cheikh pour revenir le lendemain matin. C’était le premier février. Plus de 4 heures d’interrogatoire autour des prêches à la mosquée de Mecca. Après une série d’interrogatoires, le cheikh fut incarcéré dans les premiers jours de février. Alors que la mosquée Mecca a été fermée bien avant. Au mois d’août pour cause d’irrégularités… Hassan Ketani a été libéré le vendredi 7 février. Son dossier, dit-on, a été classé.
Ce n’était que partie remise. M. Kettani a disparu de la circulation alors que la police judiciaire le cherchait. Il a trouvé refuge chez Abdelkrim El Khatib, à Rabat. Le chef du Parti de la justice et du développement héberge un homme qui appelle à la violence et qui s’est déjà distingué en 2001, à la suite des attentats du 11 septembre en qualifiant tous ceux qui se sont solidarisés avec les victimes de ce carnage d’anti-musulmans. La cérémonie oeucuménique à laquelle avaient assisté M. Abderrahmane Youssoufi et André Azoulay entre autres aux côtés de l’ambassadrice américaine à Rabat a été fustigée.
Le 18 février 2003, Abdelkrim El Khatib, voit sa superbe villa sous surveillance. Il a compris et les coups de téléphone commençaient pour trouver une issue. Mercredi 19 février, Hassan Kettani a été livré à la police. Deux versions à cela. La première, M. Al Khatib a ramené lui même le fugitif à la préfecture de police. La deuxième le cheikh s’est livré de lui-même en fin d’après-midi… Peu importe, qu’il soit livré ou s’est constitué prisonnier, Hassan Kettani est actuellement en détention préventive. Il doit être présenté devant le tribunal le 10 mars 2003.
Mais qui est ce Kettani qui met le feu à la poudre sous couvert de l’Islam ? Né à Salé, en 1972, il part très tôt avec son père à Jeddah où il obtient le baccalauréat.
De retour au Maroc, il s’inscrit à l’Institut anglais des hautes études où il décroche un diplôme de gestion. Il repart ensuite à Amman pour un “master” de théologie et philologie islamiques. Durant toute son enfance et sa prime jeunesse, il a beaucoup voyagé avec son père qui était un véritable “globe-trotter”.
Le grand père et le père de Hassan Kettani n’ont pas échappé à cette tradition des Kettani d’aller en Orient. Le premier, Mohamed Al Mountassir Kettani, était professeur universitaire en Arabie Saoudite, conseiller du Roi Fayçal et fondateur de la Rabita (Alliance) internationale des Oulémas. Le père, Ali Al Mountassir Kettani, a suivi presque le même parcours. Ingénieur en électricité et enseignant dans un institut spécialisé à Jeddah et à Winnipeg, il avait la militance islamiste discrète, sans autres signes extérieurs.
C’est dans ce milieu que naquit Hassan Kettani. Sa voie était tracée, comme si un Kettani en cachait un autre.
Les leçons religieuses de Hassan Kettani sont considérées comme des discours politiques, et son engagement moralisateur assimilé à de l’activisme. Mais à le voir, on se dit en présence d’un pacifiste convaincu, d’un homme doux comme il y en a pas deux. Mais derrière son vestimentaire, son sourire et son érudition en matière de fikh, il y a tout le bouillonnement d’un homme politique en mal de repères. Toute la froideur d’un activiste qui a raté l’équipée afghane et les actions de Ben Laden veut se rattraper en terre marocaine.
N’est-il pas l’un des instigateurs de la prétendue fatwa, qui a ex-communié et accusé d’apostasie tous ceux qui ont participé à la cérémonie qui a eu lieu dans la Cathédrale à Rabat, dont notamment les membres du gouvernement et des représentants de toutes les forces politiques et le milieu associatif du Maroc. Une ex-communication doublée de l’éloge de la nébuleuse de Ben Laden, l’apologie du terrorisme et entre autres joyeusetés que contenait la prétendue fatwa de Kettani et consorts.
Aujourd’hui, loin de toute tentative de diaboliser Hassan Kettani, il y a lieu de se poser de sérieuses questions. Pourquoi d’abord M. El Khatib a hébergé chez lui M. Kettani tout en sachant qu’il est recherché ? Pourquoi ces Kettani ont toujours tendance à se poser en véritables tenants de la légitimité religieuse ? Driss Kettani, un autre Kettani, n’avait-il pas déclaré que la seule autorité religieuse est celle des oulémas ? Mais de là à prôner les meurtres, il n’y a là qu’un pas que Hassan Kettani n’a pas hésité à franchir. Allègrement.

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