Les raisons de la colère

Vingt huit octobre 2001. Rabat décide le rappel de son ambassadeur à Madrid pour consultations. Et pour une durée indéterminée. Cette décision intervient après des prises de position de l’Espagne ayant porté atteinte au Maroc et qui sont devenues de plus en plus perceptibles depuis l’échec des négociations de pêche en avril dernier. Et l’on n’est même plus sûr que Madrid souhaitait vraiment l’aboutissement des négociations. S’en sont alors suivies la montée des menaces de geler les aides financières et économiques, l’appel lancé à l’Union européenne pour imposer des sanctions contre le Maroc, et le recours, en août dernier, à l’adoption d’un ton agressif au sujet de l’émigration clandestine. Une immigration clandestine dont la responsabilité ne saurait être imputée au seul Maroc, vu l’enrichissement qu’elle procure aux passeurs espagnols. La crise actuelle va empêcher la création de la Commission mixte maroco-espagnole chargée de résoudre cette question. Et Madrid d’ajouter que si les relations entre les deux pays ne connaissaient pas d’amélioration, Rabat pourrait ne pas se voir accorder de traitement préférentiel en 2002 pour ses travailleurs en Espagne. Vous avez dit chantage ? Ajoutez à cela, dans la foulée, le dénigrement des institutions de l’Etat du Maroc, suivi de l’évocation de la question des villes marocaines occupées de Sebta et Melillia, en tentant d’en faire l’amalgame avec terrorisme et trafic de drogue. Cette question prend toute son importance quand on sait que Madrid est en négociation avec Londres sur le sort de Gibraltar. Et l’Espagne n’ignore pas qu’une fois cette question réglée, sa position concernant Sebta et Melillia deviendra de moins en moins défendable. Toutes ces positions jugées hostiles par le Maroc, ont connu leur paroxysme avec la nouvelle position -pour le moins confuse et contradictoire – de Madrid concernant l’intégrité territoriale du Maroc. En essayant dans le même temps de nier l’existence même d’une quelconque tension. Le rappel de Abdeslam Baraka s’est chargé de faire sortir les Espagnols de leur réserve… Avec dans un premier temps, la guerre des communiqués, où les deux pays se sont renvoyés la balle. Puis c’est l’affaire des quatre journalistes marocains expulsés d’Espagne, le 25 novembre dernier, alors qu’ils s’apprêtaient à couvrir une conférence à Séville qui devait servir de tribune au Polisario. Une délégation marocaine, comprenant notamment des membres de l’Association «Le Sahara marocain», ayant elle-même été empêchée d’y prendre part, a été victime de mauvais traitements. Et tous ont été reconduits manu militari à Algesiras pour embarquement à destination du Maroc.

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