Les réseaux du mal

Tous les moyens sont bons pour atteindre le vieux continent. La frontière sud et sud-est du Maroc étant poreuse, région saharienne qu’elle est, les immigrés subsahariens font la traversée pour atteindre des régions plus clémentes à l’intérieur du pays, en attendant l’occasion de faire le pas. Celui d’aller rejoindre l’autre rive de la Méditerranée pour la plupart.
Ou pour certains, minoritaires, celui de faire les dizaines de kilomètres séparant les côtes sud marocaines jusqu’aux Iles Canaries dans l’Atlantique. Des Iles qui brillent de mille feux par des nuits de beau temps.
Tout le monde ou presque est conscient de la situation. Celle du Maroc comme lieu de passage des immigrés clandestins vers l’Europe. L’Espagne agit en victime et exige du Maroc une plus grande fermeté à l’égard du phénomène. En même temps, elle exige plus de subventions de la part de l’Union européenne sous prétexte qu’elle fait face à des flux migratoires impressionnants, sans trop s’embarrasser d’abriter les têtes des réseaux qui profitent le plus de ce trafic et les nouveaux négriers qui fournissent les fermes de Murica et des environs en chair fraîche et robuste.
Et c’est dans ce contexte particulier que le Maroc a intensifié ses mesures contre les immigrés subsahariens d’une part et a multiplié les annonces des arrestations de groupes de clandestins. On a l’impression qu’il s’agit d’une véritable traque des clandestins. Chaque jour, un nouveau lot. Le dernier en date est ‘’la cargaison de Settat ».
Ainsi, cinquante-six Subsahariens de différentes nationalités, candidats à l’émigration aux Iles Canaries, ont été arrêtés dans la nuit de samedi à dimanche à Sidi El Aydi, dans la province de Settat. Les candidats (26 Maliens, 23 Sénégalais, 4 Ivoiriens, 2 Gambiens et 1 Guinéen) ont été surpris par la gendarmerie royale à bord d’un camion de transport de bétail, venant de Rabat et se dirigeant vers Tiznit où des passeurs les attendaient pour les acheminer à leur destination finale, les Iles Canaries.
Déjà, on peut dire qu’il s’agit du chemin en sens inverse. Ce n’est plus le voyage vers le Nord, mais vers le Sud. Ou plutôt vers le leurre.
En fait c’est pour des raisons de logistique que les subsahariens ont été contraints à ce chemin inverse. ils étaient logés chez des compatriotes qui poursuivaient leurs études dans différents instituts et facultés de Rabat. L’arrestation du conducteur du camion a permis à la gendarmerie royale de remonter la filière jusqu’au propriétaire du véhicule et organisateur de l’opération. Chacun y trouve son compte. Le conducteur a offert son service contre la somme de 2000 dirhams le voyage, le propriétaire 15.000 dirhams et le « cerveau » de l’opération 4000 dirhams pour chaque candidat.
Samedi, vingt-sept autres subsahariens, aussi candidats à l’immigration clandestine, et deux passeurs marocains ont été arrêtés, au niveau de l’oued Amlil (ouest de la ville de Taza), par les éléments du commandement régional de la gendarmerie royale de Taza. Les 27 subsahariens (tous des Maliens) et les 2 passeurs marocains, interpellés à bord d’un camion et de trois fourgons, ont été déférés, lundi, devant le tribunal de première instance de Taza.
Neuf subsahariens originaires de la Sierra-Leone ont été appréhendés dernièrement dans la région de Guercif, portant ainsi à 1175 le nombre des subsahariens candidats à l’immigration clandestine arrêtés en 2000 par les éléments de la gendarmerie royale de Taza, rappelle la même source.
Vingt-quatre heures auparavant, les éléments de la Gendarmerie Royale ont arrêté, dans la localité de Laouamra, au nord-ouest de Larache, neuf ressortissants subsahariens, dont six femmes, candidats à l’immigration clandestine. Infiltrés depuis quelques semaines au Maroc, dans l’intention de se rendre illégalement en Espagne, ces candidats à l’immigration clandestine, de nationalité Sierra-Léonaise, ont été arrêtés à bord d’un autocar en provenance de Rabat à destination de Tanger.
On est en droit de se demander : est-ce qu’il s’agit d’une plus grande vigilance de la part des services de sécurité marocaine, tous corps confondus ou s’agit-il d’une multiplication des annonces, en ce sens que les interpellations ne sont pas passées sous silence ? Il semble que les deux raisons sont réunies pour que l’on ait cette impression de traque contre les clandestins. D’une part, les réseaux d’immigration clandestine se font de plus en plus nombreux. La maîtrise du trajet, à force de le faire, la connaissance des issues et des refuges, en plus d’un savoir faire acquis au prix de dizaines de convois, tout cela a fait que l’on ait une multiplication des groupes voulant se rendre par n’importe quel moyen en Europe. Si l’on ajoute à cela des complicités de la part de certains Espagnols, de certains agents d’autorité au Maroc, on devine aisément comment ce commerce des immigrés clandestins a-t-il pu prospérer.
Maintenant, il ne s’agit pas uniquement de crier haro sur les passeurs. Il ne s’agit pas uniquement de déférer les coupables devant les tribunaux. Il s’agit, avant tout, de mettre en place des programmes à même de fixer les populations subsahariennes dans leurs territoires. Tout un défi. Mais tout un autre débat.

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