Les responsabilités partagées de l’Etat et du privé

L’économie marocaine a perdu beaucoup d’opportunités à cause des entraves administratives qui ont fait fuir plusieurs gros investisseurs. Il est vrai que depuis quelques années le gouvernement a multiplié les efforts pour juguler ce mal bureaucratique. Il est vrai aussi que les pouvoirs publics ont mis en oeuvre des réformes administratives, financières, juridiques et fiscales pour attirer l’investissement. Mais il faut reconnaître que la réalité de terrain n’a pas vraiment évolué en conséquence en matière de volume d’investissement. C’est cette carence qui a accentué la crise économique que connaît le pays depuis quelques années. Or sans investissement, il n’y a ni création d’emploi pour résorber un chômage de plus en plus endémique, ni croissance pour améliorer le niveau de vie des citoyens. C’est pour cette raison que SM le roi, Mohammed VI, s’est engagé personnellement à démanteler les entraves qui bloquent l’investissement dans notre pays.
La situation est d’autant plus grave que la loi de finances de 2003 n’a pas pu dégager un budget d’investissement public qui puisse dépasser le montant alloué à cette rubrique l’année dernière. Sans verser dans un alarmisme démesuré, le dernier rapport de la banque mondiale donne des indicateurs inquiétants sur l’économie marocaine. C’est ainsi qu’il met en évidence le caractère fluctuant de la croissance du PIB qui reste tributaire des conditions climatiques.
La courbe de la croissance était négative de 4 % en 1992, plus de 12 % en 1996 et a atteint le degré zéro en l’an 2000. À part les sociétés étatiques ou de participation, le tissu économique compte un certain de nombre de groupes à caractère familial tout comme la plupart des PME. Des indicateurs qui démontrent que le rôle économique marginal que joue le marché boursier au Maroc (moins de 60 entreprises font appel public à l’épargne). C’est dire que la culture de l’investissement n’est pas encore assez ancrée dans les esprits.
Cette carence est certes aggravée par les tracasseries administratives, juridiques et financières qu’affrontent les investisseurs potentiels. Mais il faut avouer que malgré les efforts déployés dans le sens de la simplification des procédures, beaucoup d’entraves demeurent latentes. L’acquisition des lots de terrain aménagés et désenclavés par les entrepreneurs reste un exercice difficile dans certaines régions. Encore faut-il rappeler que le coût du foncier reste relativement assez élevé par rapport à des concurrents régionaux ou dans des pays émergents comme le Maroc. Et si l’Etat a entrepris certaines réformes avec succès, il est clair que la justice et l’administration qui ont des relations étroites avec l’investissement n’ont pas évolué dans le bon sens.
Un investisseur marocain et surtout étranger a besoin de garanties juridiques pour créer une entreprise, employer des gens et dégager des bénéfices. Or notre justice, malgré le pas en avant réalisé par la création des tribunaux de commerce, continue à avoir mauvaise presse à l’intérieur et à l’extérieur du pays. Sa Majesté le roi a évoqué toutes ses entraves lors de son discours devant le Parlement : « Nous ne pourrons fournir de l’emploi aux larges franges de notre jeunesse qu’en réalisant le développement économique nécessaire, lequel reste tributaire de l’incitation à l’investissement, oui l’investissement, toujours l’investissement. » Cette insistance royale dénote le caractère urgent de changement dans les démarches et dans la mentalité des décideurs qui a poussé le souverain à s’engager personnellement dans cette action déterminante : « je continuerai à oeuvrer avec détermination pour en démanteler les entraves, jusqu’à ce que le Maroc devienne, avec l’aide de Dieu, un grand chantier de production, générateur de richesse. » Mais si tout le monde évoque la lenteur administrative et les incohérences juridiques, la banque mondiale met dans le collimateur les entreprises marocaines.
Dans son dernier rapport sur le respect des normes et des codes, la BM déplore le manque de transparence dans l’information financière des entreprises marocaines. L’institution mondiale met le doigt sur le mal de notre économie qui fait que la compatibilité de l’entreprise a pour principal objectif de déterminer le résultat en fonction de la fiscalité.
Autrement dit, le bilan des entreprises est confectionné sur une mesure déficitaire qui lui permet d’éluder une imposition fiscale conséquente au résultat réel. Ce faisant l’information comptable au Maroc n’est aucunement orientée vers les besoins des apporteurs de capitaux et donc à l’investissement ou au réinvestissement. C’est dire combien l’information financière erronée constitue une entrave à l’investissement autant que la lourdeur de la fiscalité marocaine.

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