Les secours ont du mal à s’organiser

Les secours ont du mal à s’organiser

Un spectacle de désolation. Voilà comment on peut résumer la situation dans les environs d’Al Hoceima. Après les inondations d’il y a quelques mois, la province a essuyé un autre coup dur, celui du tremblement de terre. Depuis la fameuse secousse survenue dans la nuit du lundi au mardi, la ville ne cesse de trembler. Mercredi matin, à exactement cinq heures et demi, dans la petite ville d’Imzouren, à une vingtaine de kilomètres d’Al Hoceima, une énième secousse a eu raison de plusieurs immeubles. La plupart étaient vides, sauf un, où se trouvaient Boutsghourt Mohamed, un père de famille, âgé de 57 ans. « C’est la seule personne toujours sous les décombres », crie un membre de l’équipe de secours. « Je ne sais pas pourquoi il est revenu dans la maison », se lamente sa fille. Son frère, également sur place a du mal à cacher ses larmes. Idem pour ses autres enfants. Sur le lieu du drame, plusieurs équipes travaillent d’arrache-pied pour soulever les centaines de tonnes de béton armé, sous lesquels ils espèrent trouver vivant Boutsghourt Mohamed. La presse internationale a envahi le lieu. Les photographes de presse européens, et surtout espagnols, ont fait le plein de prises et d’émotions. Deux bulldozers tentent de soulever, morceau par morceau, les dalles entassés. Les militaires sont venus prêter main forte aux agents de la sécurité civile et aux volontaires du croissant rouge marocain.
« Nous sommes arrivés à 5 heures et demi du matin, immédiatement après l’effondrement de cet immeuble », souligne Zakaria Fakhreddine, membre de l’équipe nationale du croissant rouge marocain d’intervention. Cette équipe a effectué des stages poussés avec les meilleurs secouristes marocains et étrangers. Zakaria, un volontaire, ingénieur informaticien venu de Casablanca, attire l’attention des autres secouristes sur l’état précaires d’autres immeubles avoisinants. « Les fissures sont trop importantes dans ces immeubles, et les simples manoeuvres des bulldozers peuvent causer de nouveaux effondrements », assure-t-il. C’est la raison pour laquelle tous les immeubles à risque ont été évacués, et les riverains tenus, par la force, loin des décombres.
Autre problème: les secouristes ignorent l’endroit exact où se trouvait Boutsghout. Des voisins affirment l’avoir vu au deuxième étage de cette grande maison familiale. L’épouse, en revanche, a donné un autre signalement. « Dans ces conditions, nous ne pouvons pas axer tous nos efforts sur un seul point des décombres ». Les chiens renifleurs sont là pour aider les secouristes. Vers 11 heures 30 du matin, Boutesghout Mohamed était toujours porté disparu. A quelques mètres de ces décombres, à l’autre bout d’Imzouren, une petite émeute a eu lieu. Une cinquantaine de jeunes de la ville a bloqué la route menant vers Al Hoceima. Ils se sont assis par terre, demandant des vivres et des tentes pour pouvoir héberger leurs mères, leurs soeurs et leurs petits frères, disent-ils. « Nous venons de plusieurs douars éloignés, où toutes maisons sont tombées », explique l’un d’eux. « Moi je n’ai plus que cette chemise que je porte », lance un autre. Quand les caméras ont commencé à filmer, les protestataires sont devenus beaucoup plus nombreux et leurs cris beaucoup plus forts. « Vive le Roi Mohamed VI », scandent-ils, narguant les automobilistes et les gendarmes venus décongestionner la circulation. Dans le monde rural, les victimes ont été incontestablement plus nombreuses. Des douars entiers ont failli être rasé de la carte. C’est le cas d’Aït Kamra ou Aït Daoued, ou encore Tazaghine. Les cadavres se comptent par dizaines. A Tazaghine, des jeunes sont rassemblés autour des décombres d’une maison effondrée. C’est là où leurs parents sont morts. Ils ont du mal a parler et à contenir leur tristesse et leurs larmes. « C’est le maktoub », dit le cadet. « Al Hamdou Lilah pour tout et Dieu ait leur âme », poursuit son frère. Leurs soeurs et les autres femmes de la famille sont provisoirement logées dans une demeure voisine restée miraculeusement intacte. Mais « personne n’y passera la nuit, c’est trop risquée », ajoute le cadet, un étudiant.
Dans la commune de Rouadi, légèrement épargnée (une trentaine de morts), un habitant est peiné par la disparition de son bétail. « J’ai perdu toutes mes vaches et mes mulets dans le séisme de 1993 et aujourd’hui je revis la même chose, quand cela va-t-il enfin s’arrêter? », dit-il. Un autre déplore les retards des secours. On a commencé par les villes et on nous a oublié, di-il. A cause des secousses à répetition personne n’ose s’aventurer à l’intérieur de sa maison.
Mais en attendant que cela s’arrête, tous les sinistrés n’ont pas de tentes où passer la nuit. Des campements de fortune fleurissent dans les grandes places des villes. Le commerce des bâches en plastic a battu tous les records.
Une bonne partie des villages n’ont toujours pas d’électricité ni d’eau. La première victime est encore une fois le monde rural. Les maisons rurales du Rif sont en majorité construites en moellon avec un mortier en pisé (de la terre avec de la paille). Les toitures sont formées de madriers en bois, avec un lattage en branches d’arbre et du pisé. Un phénomène de mode est apparu dernièrement: les toitures sont construites en béton. En termes clair, un toit de plusieurs tonnes soutenu par des murs de terre, sans fondements solide. Résultat: à la moindre secousse, le toit s’effondre net sur les habitants. Dans les villes, ce n’est pas plus rassurant. En effet, à vouloir renforcer les édifices, certains habitants ont construites des dalles beaucoup trop épaisses, comparé au nombre de poutres existantes. C’est ce qui s’est justement produit à Imzouren dans la maison de Boutsghourt Mohamed. Les dalles de cet immeuble dépassent les 25 centimètres.
En attendant, les premières aides internationales commencent à affluer vers la province. Mais la crainte des habitants est toujours de mise, puisqu’hier, mercredi en début d’après-midi, une secousse de magnitude de 4,5 à encore secoué la province sous une forte pluie et une pénurie de pain.Les gens ont, malgré tout, préféré rester dehors.

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