Les zones d’ombre de l’affaire Bin El Ouidane

Les sept responsables des Forces auxiliaires et des douanes déchargés de leurs fonctions, le 29 septembre dernier, ont été inculpés, mercredi 4 octobre, pour "trafic international de drogue". C’est l’annonce faite le même jour par un communiqué du procureur général de Casablanca. Parmi ces sept personnes, on retrouve le colonel-major Boubker El Mounzil qui occupait le poste d’inspecteur général des Forces auxiliaires pour la zone Nord, le colonel Allal Mourchid, le capitaine Karim Saâdi, le commandant Abdelhak Mouilah, le capitaine Hassan Bojji et le lieutenant Mohamed Ikraouen. Le septième inculpé, Abdelaziz Talaâoui, exerce en tant que douanier à Tétouan.
Le communiqué du Parquet affirme qu’Ahmed Chouli, dit "Hmidou", "acheminait la drogue loin des regards des autorités compétentes, en contrepartie du paiement de sommes d’argent sous forme de pots-de-vin aux personnes en charge de ce contrôle, qui «fermaient les yeux» sur ses activités illicites". Arrêté à la fin du mois de septembre sur la base des déclarations, le capitaine des FA Karim Saâdi, "balancé" par Ahmed Chouli, aurait à son tour donné les noms des six autres présumés membres dudit réseau de trafic de drogue. Il se trouvera que, parmi les responsables cités et pas des moindres, figure le capitaine Hassan Bojji qui n’a pris ses fonctions au Nord que vers le 15 août 2006. Une période de moins de deux mois aurait-elle été suffisante pour qu’il soit "adopté" par les trafiquants de la région et devenir leur complice ? N’y a-t-il pas risque de rééditer le feuilleton "Fatiha Jebliya" (voir encadré) ?
Ahmed Chouli et Mostafa Tétouani Kouiyeh seraient-ils, vraiment, des trafiquants de drogue qui jouaient dans la cour des grands? Beaucoup d’éléments poussent à croire le contraire (voir encadré sur M.T. Kouiyeh) ?
Ahmed Chouli, selon plusieurs sources, était plutôt considéré comme une sorte de "portefaix", un de ces hommes "de somme" à qui recourent les trafiquants pour le transport, voire la surveillance de la drogue lors des opérations de trafic. Des Ahmed Chouli, on en retrouve par milliers dans la région.
La justice décidera du sort qui pourrait être réservé aux sept responsables, présumés complices des deux présumés trafiquants de drogue. Au stade actuel, l’enquête est toujours en cours et les concernés déférés devant le juge d’instruction près la Cour d’appel de Casablanca.
Le 11 septembre dernier, c’est un véritable séisme qui a secoué plusieurs services de sécurité pour faire tomber plusieurs "têtes" et pas des moindres : Abdelaziz Izzou, ex-premier responsable de la sécurité des Palais royaux et ex-préfet et patron de la police judiciaire de Tanger en fait partie. Comme Youssef Lahlimi Alami, adjoint au commandant de la région de la Gendarmerie royale de Kénitra, Farid Hachimi, commissaire à la DGST et chef du poste maritime de la capitale du détroit, et le lieutenant-colonel Akka Ahabbar qui commandait la compagnie maritime de Tanger et deux autres sous-officiers exerçant à Ksar Sghir et Ribat El Kheir, entre autres.
Ajoutons à cela, cerise sur le gâteau, trois caids : Nordine Zmarrou, Nordine Boulghoudane et Mustapha Boukhlifi promu, entre-temps, pacha de Témara.
Les 10 ex-responsables ont été incarcérés à Oukacha sur ordre du juge d’instruction Jamal Serhane chargé d’instruire toute l’affaire. Le "groupe Izzou" a été "démantelé" sur la base des "révélations" d’un autre caïd de la drogue au Nord : Mohamed Kherraz qui aimait se faire appeler "Chérif Bin El Ouidane".
Tanger et la région du Nord en général connaîtront une nouvelle poussée de frénésie.
Les rumeurs les plus folles commençaient à circuler sur bon nombre de personnalités, politiques, hommes d’affaires et responsables sécuritaires dans la région. Younès Jamali, ex-patron de la BNPJ et préfet de police de Tanger, finit par craquer et sombrer dans une dépression. Le climat général a fini par avoir raison des nerfs de l’un des meilleurs "flics" du Royaume.
Chérif Bin El Ouidane est-il celui que l’on présente vraiment ? Lesdits responsables qu’il a balancés s’étaient-ils acoquinés avec les réseaux de trafic de drogue dont le sien ? Il reste aux juges de le confirmer ou de rendre justice aux responsables concernés.


 Jebliya et ses 31 "complices"

L’affaire "Jebliya" restera dans les annales de la justice marocaine. Fatiha Hamoud, arrêtée pour trafic de drogue à Salé après l’emprisonnement de son mari (faisant dans le même business), avait balancé les noms de plusieurs responsables de la police et de la Gendarmerie royale. De fil en aiguille, on en arrivera au chiffre de 24 policiers (dont de hauts gradés) et sept éléments de la Gendarmerie royale en poste, à l’époque, à Laâyayda (passée aujourd’hui sous contrôle de la police).
Ces derniers avaient été condamnés par la Cour d’appel de Rabat à un an de prison ferme et 1.000 DH en guise d’amende. En appel (second degré), ils avaient été innocentés au début juin 2005 et le verdict final a été avalisé par la Cour suprême. Les sept gendarmes avaient pu réintégrer leurs postes. Les policiers, eux, au nombre de 24, attendent toujours et multiplient les démarches dans ce sens.
La principale accusée, Fatiha Hamoud, a vu sa peine de prison réduite à huit ans au lieu des dix selon le verdict prononcé en avril 2005. Fallait-il se fier, de manière totale, aux dires de "Jebliya" et son bras droit, un certain "Eddab" (condamné à huit ans de prison, peine réduite à six ans) pour "enfoncer" plus de 30 policiers et gendarmes ? La justice a fini par rectifier… le verdict.


Kouiyeh, un baron ?

Mostafa Tétouani Kouiyeh faisait partie des dizaines de personnes poursuivies dans le cadre de l’affaire Mounir Erramach, le trafiquant de drogue condamné à 20 de prison. A l’époque où le procès Erramach se déroulait, beaucoup d’intérêt, journalistiques notamment, entourait un personnage effacé à en frôler l’insignifiance. Mostafa Tétouani Kouiyeh intéressait pour la simple raison qu’il était l’oncle maternel de Mounir Erramach. Deux semaines après le démarrage du procès, il est remis en liberté provisoire avant d’être acquitté par la justice, à l’issue du procès qui se jouera à Tétouan.
A l’époque déjà, Mostafa Tétouani Kouiyeh était présenté comme un "baron". Selon ses propres dires, il n’en était rien. "J’ai sombré dans la consommation de drogue, y compris les dures, à tel point qu’il est arrivé à la famille de me chasser de la maison. Heureusement, j’ai pu m’en sortir, mais je n’ai aucune qualification pour gérer, comme on dit, les affaires de Mounir Erramach", déclarait Kouiyeh à un journaliste d’ALM. A l’époque, la quarantaine bien dépassée, ce dernier n’avait ni femme ni enfants et il était loin de donner l’impression d’avoir les capacités requises pour devenir "baron". A moins d’un miracle…
Mostafa Tétouani Kouiyeh est de nouveau cité par la justice aux côtés d’Ahmed Chouli, dit "Hmidou". Si les deux hommes ont le même Q.I, cela promet une autre "totale".

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