L’Espagne tourne la page d’Aznar

L’Espagne tourne la page d’Aznar

« Je vous le promets que le pouvoir ne me changera pas, « . C’est par cette promesse que le secrétaire général du Parti socialiste ouvrier espagnol (PSOE), José Luis Rodriguez Zapatero, a conclu, dimanche soir, sa première déclaration après l’annonce de la victoire de son parti aux élections législatives. Une conclusion qui va au-delà des déclarations de bonnes intentions habituelles dans de telles circonstances, car elle fait allusion au mal dont souffrait son prédécesseur à savoir l’arrogance. Un mal qui fit que son parcours politique a terminé de la façon la plus dégradante qui puisse arriver à un politicien, celle de sortir la tête basse.
Dimanche donc, les électeurs espagnols ont voté pour le changement et ont exprimé leur refus à la politique adoptée par le Parti Populaire et son président José Maria Aznar. Le choix des électeurs espagnols va au-delà de la situation interne en Espagne puisqu’il aura un impact sur la politique internationale.
Ainsi, sur le plan national, l’arrivée des socialistes au pouvoir devra marquer un retour au dialogue entre toutes les composantes de la société civile et politique espagnole. Dans sa première sortie médiatique après la victoire de son parti, Zapatero a d’ores et déjà affirmé qu’il ne formera pas de coalition et qu’il a l’intention de « gouverner en solitaire » et de faire des « accords parlementaires concrets » avec les formations politiques représentées au Parlement. Cette option atteste de l’intention des socialistes de maintenir la plus grande cohésion entre tous les partis, toutes tendances confondues, siégeant au Parlement, puisqu’ils ont tous fait de l’opposition à Aznar. L’heure est donc au discours rassembleur afin de pallier les séquelles de l’ère Populaire qui a divisé la société espagnole.
En effet, les résultats du scrutin ont donné une majorité relative au PSOE puisqu’il n’a obtenu que 164 sièges sur les 350 que compte le Congrès espagnol face au Parti Populaire qui n’a obtenu que 148 sièges. Pour gouverner, il lui faut donc le soutien des autres partis comme les Catalans de Convergencia i Unio (CiU) qui ont obtenu 10 sièges ou la Gauche républicaine de la Catalogne qui se situe en quatrième position avec huit sièges, le Parti nationaliste basque (PNV : 7 sièges), la Gauche-Unie (Izquierda unida: 5 sièges), ainsi que Coalition canarienne (3 sièges). Or, opter pour l’une ou l’autre configuration aurait provoqué des calculs politiques dont le pays n’a nullement besoin vu le caractère nationaliste de ces formations. Sur le plan national, Zapatero a donc opté pour le travail avec toutes les sensibilités régionales au lieu de choisir l’une ou l’autre.
Sur le plan international, le nouveau locataire de la Moncloa (présidence du gouvernement espagnol) a annoncé un changement de la politique extérieure espagnole.
Ainsi, au lendemain de sa victoire électorale, il a annoncé qu’il va entretenir « une magnifique relation » avec le Maroc et ouvrir « une nouvelle étape de bonnes relations » avec le pays voisin. Interrogé, lors de sa première conférence de presse, sur les relations maroco-espagnoles et leurs développements à venir, Zapatero a déclaré que le Maroc et l’Espagne doivent avoir de bonnes relations. « Nous allons ouvrir une étape de bonnes relations avec le Maroc, c’est mon objectif et c’est aussi une priorité de politique extérieure pour moi », a-t-il déclaré avant de rajouter que le Maroc et l’Espagne sont « deux pays voisins liés par d’intenses relations historiques et des intérêts économiques et culturels ». D’ailleurs, il est fort attendu que sa première visite à l’extérieur en tant que chef du gouvernement soit au Maroc. Aussi, doit-on rappeler que Zapatero avait eu le courage politique de se rendre en visite de travail au Maroc en tant que leader de l’opposition au moment même où les relations diplomatiques étaient très tendues entre Rabat et Madrid. Il avait alors été reçu en audience par SM le Roi Mohammed VI.
Sous la direction des socialistes, les relations entre les deux Royaumes devront récupérer l’élan de coopération et d’amitié qui avaient marqué l’époque où la Moncloa était dirigée par Felipe Gonzalez. Une époque qui a vu naître le Traité d’amitié et de coopération entre les deux pays.
En politique internationale aussi, le président du gouvernement élu a annoncé qu’il tiendra sa promesse électorale de retirer l’armée espagnole de l’Irak. Rappelons que la participation à la guerre de l’Irak, décidée par son prédécesseur, avait créé une rupture entre l’opinion publique du monde arabe et l’Espagne et lui a créé de nouveaux ennemis dont les nébuleuses terroristes islamistes qui auraient été derrière les attentats criminels du jeudi 11 mars à Madrid.
En somme, l’Espagne, pays ami et voisin du Maroc, s’apprête à vivre une nouvelle ère que le peuple espagnol a su forger avec une sagesse et une maturité politique des plus rares démontrant ainsi qu’en à peine 25 ans de démocratie, il a su s’imprégner des valeurs démocratiques et s’attacher à elles. Certes, les dernières années ont été marquées par une régression vers des idéaux franquistes révolus que certains dirigeants du Parti Populaire ont voulu réinstaller dans la société, mais ce ne fut qu’une malencontreuse parenthèse que les Espagnols viennent de fermer en tournant la page de José Maria Aznar et en entamant une nouvelle transition.

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