L’Europe face à la honte de l’antisémitisme

«Je n’ai qu’une passion, celle de la lumière, au nom de l’humanité qui a tant souffert et qui a droit au bonheur. Ma protestation enflammée n’est que le cri de mon âme…J’attends». C’est ainsi qu’Emile Zola conclue sa fameuse «lettre à la France », intitulée «J’accuse», dans le procès mettant en cause l’officier juif Alfred Dreyfus, accusé d’espionnage, condamné en 1894 et déporté. Bien que son procès soit annulé en 1899, année où il est recondamné puis gracié, ce n’est que le début d’une histoire faite de haine à l’égard du Juif. Une histoire qui n’a pas encore trouvé son épilogue. Le climat de psychose qui règne actuellement au sein de la communauté juive de France et, partant de toute l’Europe, est là pour le rappeler. L’antisémitisme hitlérien est toujours présent dans les esprits de ceux qui, de près ou de loin, en ont pâti. La propagande antisémite n’est pas pour autant révolue.
A la différence près qu’actuellement, aux acteurs «traditionnels» de ce mouvement, qui sont les partis d’extrême droite -comme le Front national en France – d’autres se sont ajoutés: l’extrême gauche pro-palestinienne et les communautés arabes et musulmanes d’Europe. Poussés par le sentiment d’injustice, que leurs «frères» de Palestine subissent et par une situation sociale détériorée, tous se rabattent sur leurs «ennemis». Le rapport publié récemment en France et faisant état d’une recrudescence des actes antisémites de la part des Maghrébins n’est que l’exemple d’un état des lieux qui règne en Europe. Jamais, depuis la chute du nazisme, l’antisémitisme, fondé sur un antisionisme absolu et la diabolisation d’Israël, n’aura été aussi fort.
Depuis le milieu des années 1980, le Vlaams Blok belge est devenu la troisième formation d’extrême droite la plus importante d’Europe, avec 11 élus à la Chambre et 5 au Sénat. En Allemagne, pour la première fois depuis la Seconde Guerre mondiale, l’extrême droite a enregistré, en avril 1999, une percée électorale dans un scrutin significatif. L’Union du peuple allemand (DVU), ouvertement xénophobe, a obtenu 12,9 % des voix à l’élection régionale de Saxe-Anhalt (Est). En Autriche, le FPÖ a plus que quadruplé son score, depuis l’arrivée de Jörg Haider à sa tête, il y a douze ans. Son arrivée au gouvernement en février 2000 a fait trembler l’Europe. En Italie, la ligue du Nord a emporté 10,1 % des voix aux législatives de 1996.
L’antisémitisme est comparable à toutes les formes de haine raciale et religieuse que subissent les communautés arabo-musulmanes sur le vieux continent. Le regain de médiatisation dont il fait l’objet fait suite aux massacres que ces derniers ont subis par les régimes nazis et fascistes lors de la Deuxième Guerre Mondiale. Des idéologies qui font un retour en force ces derniers temps dans la majorité des pays du vieux continent.
Il suffit de voir la montée en puissance de l’extrême droite dans des pays comme le Portugal, l’Espagne, l’Italie ou l’Angleterre pour s’en rendre compte. Face à une mondialisation qui balaye toutes les particularités identitaires sur son chemin, des situations économiques précaires, une forte immigration étrangère, la décomposition ou l’échec des partis de gauche et le poids lourd que représentent certains lobbies, le juif en premier lieu, les électeurs ne pensent avoir guère d’autre choix que de voter pour celui qui saurait accorder la primeur aux valeurs nationalistes. L’autre en général et les Juifs en particulier s’en trouvent pointés du doigt. Tenus pour principaux responsables du « désordre mondial », c’est sur eux qu’on déverse les accusations et les vengeances. En 1990 à Carpentras, Vaucluse, la France découvre avec horreur la profanation du cimetière juif de la ville : un mort récemment enterré a été exhumé et a subi un simulacre d’empalement, acte perpétré par des skinheads, nostalgiques et admirateurs du nazisme, finalement condamnés en 1997.
A toutes les raisons qui peuvent expliquer la montée de l’antisémitisme en Europe, il faut ajouter un élément fondamental : la politique israélienne actuelle menée contre les Palestiniens. Le fracas du processus de paix, la faillite d’Oslo, l’avènement de Sharon, l’auto-enfermement des Israéliens dans une posture purement oppressive, le soutien populaire dont la politique sharonienne bénéficie. D’autres gouttes d’huiles qui ont réactivé les braises.

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