L’extrémisme a changé de camp

Jamais les sociétés modernes n’ont été aussi vulnérables à l’intolérance et à l’extrémisme qu’elles ne le sont par les temps qui courent. Tous les ingrédients existent pour faire de la terre un terrain fertile à l’explosion des frustrations et de la contestation. Le Maroc, bien entendu, n’échappe guère à cette règle.
Tiraillée par des forces antagoniques, la société marocaine souffre des maux de son temps et d’un développement à multiples vitesses qui, faute d’encadrement, ou plutôt d’encadrement nécessaire, la livre à l’angoisse et à la perte de repères. Tous les ingrédients existent pour rendre l’extrémisme pesant et à la limite de l’habituel. Dans l’underground social, les crimes foisonnent, les zones à haut risque se développent partout. Dans les périphéries des grandes villes, l’insécurité devienne monnaie courante et hante les esprits. La quotidienneté est prise d’assaut par des phénomènes attestant de la perte des anciennes valeurs. Les comportements nouveaux (individuels, pragmatiques et excessivement exhibitionnistes) n’arrivent plus à compenser leurs extinction ou à combler l’abîme qui se développe entre les modes de vie d’une infime minorité de nantis, étroitement liés au pouvoir, dans ses différentes facettes et divers prolongements local et central, et ceux des déshérités et des laissés pour compte.
Le crime politique est certes rare au Maroc, mais ce fait n’exclut en rien le développement vertigineux de l’extrémisme et le retour des rancoeurs que l’on croyait enterrées. Le cas d’Abou Hafs de Fès ne doit nullement être appréhendé comme un fait a-systémique isolé. Il s’agit, à n’en pas douter, d’un phénomène social, qui prend de plus en plus de l’ampleur et qui guette l’ensemble des sphères sociales, particulièrement, celles des bas étages de la prospérité, de la richesse et de l’instruction. Dans les années soixante et soixante-dix, le radicalisme politique ou idéologique occupait une place marginale dans les espaces d’autonomie par rapport à l’Etat (université, lycée, associations, partis politiques, confréries, etc…). De nos jours, il devient une question « transversale » qui traverse les larges masses des démunies.
Dans le passé, l’extrémisme avait une connotation gauchiste et gauchisante touchant surtout les campus universitaires et les « petits bourgeois », aujourd’hui, ce phénomène profite de l’absence du politique, s’exprime au nom d’une histoire imaginaire et d’interprétations particulières de la religion et gangrène dans les quartiers populaires. Mais, contrairement à celui d’hier, l’extrémisme d’aujourd’hui est plus porté vers l’action et la violence que vers l’idéologie ou la politique classique.

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