L’honneur d’une nation

Critiqué. Yasser Arafat n’en peut plus d’être la cible de critiques venant de toutes parts. Et souvent injustifiées. À commencer par Israël dont il a voulu être l’interlocuteur, dans la perspective de la création d’un Etat palestinien. Depuis l’installation du gouvernement Sharon, le principe même de négociations est superbement ignoré par le Premier ministre israélien et son cabinet, au sein duquel les ministres travaillistes osent de temps à autre « commettre » une petite objection timide. Dame ! C’est que le gros Sharon est pistonné par Washington, qui semble s’amuser de souffler le chaud et le froid concernant le statut international du pauvre hère qu’est devenu Arafat. Sharon, qui n’a jamais caché son hostilité aux accords d’Oslo de 1993 sur l’autonomie palestinienne, a tout simplement entrepris de les vider de leur contenu sans les dénoncer officiellement. Humilié par Israël, critiqué par les Etats-unis, mais aussi par les Européens. Avec une nuance de taille pour la France qui adopte une position assez courageuse. Le soutien des Arabes, il en connaît les limites. À la réunion d’urgence de la Ligue arabe qui avait été envisagée, il a été préféré de demander une réunion d’urgence du Conseil de sécurité de l’ONU… Yasser Arafat est désormais livré à son –triste – sort. Et, jeudi, il était plus isolé qu’il ne l’a jamais été depuis le début de son long combat pour l’indépendance palestinienne. Une indépendance qui s’éloigne de plus en plus. Car la campagne que poursuit systématiquement Tel-Aviv semble avoir pour objectif de « dégrader » Arafat et de le ramener à son précédent rôle de chef de l’Organisation de libération de la Palestine (OLP), plutôt que de président de l’Autorité palestinienne. Après avoir réussi à l’isoler politiquement, Israël est passé à la seconde phase de son plan. En resserrant davantage l’étau autour de la personne physique de M. Arafat, les blindés et les soldats de l’armée israélienne sont en effet à quelque 200 mètres de ses bureaux à Ramallah, en Cisjordanie. Des bureaux dont il ne peut plus bouger. Pourtant qui ont subi des bombardements à répétition. Et les Israéliens ne semblent pas vouloir en arrêter là. Ils ne lui ont pas encore coupé le téléphone… Ils doivent se délecter d’écouter les multiples SOS lancés par Arafat. Les dirigeants israéliens semblent se complaire dans ce jeu du chat et de la souris, dont l’issue pourrait être fatale à Arafat. Après l’avoir été pour nombre de ses compagnons de route, liquidés les uns après les autres. Pendant ce temps, les avancées et autres incursions de l’armée israélienne réduisent chaque jour davantage les zones dites «A», c’est-à-dire celles où l’Autorité palestinienne exerce seule le pouvoir en vertu des accords d’Oslo, soit un peu plus de 40 % de la Cisjordanie. Le ministre israélien de la Sécurité intérieure Uzi Landau (dont le nom est synonyme d’un célèbre pistolet-mitrailleur) est allé plus loin estimant dans un entretien au quotidien français « Le Monde » que l’éventualité d’un renvoi du président de l’autorité palestinienne à son exil à Tunis, où se trouvaient les locaux de l’OLP avant les accords d’Oslo, n’était plus à exclure. C’était époque où Ariel Sharon était le ministre israélien de la défense. Nostalgie, quand tu nous tiens… Dans ce sombre panorama, M. Arafat, miné par la maladie, ne peut plus, en substance, compter que sur un seul soutien : la légitimité historique et politique du vieux combattant qu’il est. Et qu’il restera.

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