Ligue arabe : Divergences ou indigence

Ligue arabe : Divergences ou indigence

C’est un coup de théâtre. La bouche de la journaliste de la chaîne satellitaire de la télévision tunisienne a éprouvé de la peine à prononcer la nouvelle. Elle s’exprimait sur les divergences entre les ministres arabes des Affaires étrangères, réunis à Tunis dans le cadre de la 16-ème session du Sommet arabe ordinaire qui devait se tenir les 29 et 30 mars. La journaliste s’évertuait à expliquer que les dissensions entre “les frères arabes“ n’étaient pas insurmontables, quand elle s’est brusquement tue. Elle est restée silencieuse pendant une interminable minute, avant de prononcer d’une voix morte la décision de son pays de reporter le sommet. Cela s’est produit exactement à 21h 50, quasiment au même moment où la nouvelle du report a été prononcée par le chef de la diplomatie tunisienne. La journaliste tunisienne n’est pas la seule personne stupéfaite par cette nouvelle. Selon l’agence de presse égyptienne Mena, les ministres arabes ont dû se frotter quatre fois les oreilles avant de comprendre la phrase de leur homologue tunisien M. Habib Ben Yahia. Ce dernier avait quitté la réunion du samedi pour recevoir un appel téléphonique. Il est revenu à la salle où étaient réunis les ministres arabes des Affaires étrangères, ainsi que M. Amr Moussa, secrétaire général de la Ligue arabe, pour leur annoncer la décision du président Ben Ali de reporter le sommet. Selon le journal égyptien “Al Ahram“, le chef de la diplomatie tunisienne a ajouté cette phrase à l’adresse de ses homologues incrédules : “Il s’agit d’une décision souveraine du président tunisien Zine Eddine Ben Ali“.
Le secrétaire général de la Ligue arabe et plusieurs ministres ont essayé d’en apprendre plus sur les raisons de cette décision. Ils ont demandé à être reçus par le président tunisien. Ce dernier leur a opposé une fin de non-recevoir en raison d’une “angine“, comme l’explique à ALM, dans l’entretien ci-contre, Mohamed Benaïssa, ministre des Affaires étrangères et de la Coopération. La décision de reporter le sommet aurait trait à des divergences de vues sur des réformes relatives à certains amendements proposés par la Tunisie. Le projet du gouvernement tunisien cite parmi ces réformes “le renforcement de la démocratie et de la liberté d’expression, la consolidation du rôle de la société civile, la protection des droits de l’Homme et l’affermissement du rôle de la femme arabe dans l’édification de la société“. Dans ce même projet, la Tunisie exhorte les pays arabes à bannir l’extrémisme, le fanatisme et le terrorisme et à combattre ces phénomènes, dans le cadre de la coopération internationale, en vue d’en éradiquer les sources“.
Le hic, c’est que les ministres arabes étaient sur le point d’aboutir à des positions convergentes. C’est ce qu’affirme M. Mohamed Benaïssa à ALM. Cette information est également rapportée par l’agence Mena qui précise que la décision tunisienne avait été prise bien que “les réunions des ministres des Affaires étrangères progressaient vers un accord“. La déclaration à l’AFP d’un ministre va dans le même sens : “Nous étions parvenus à la dernière phrase du document des réformes arabes et contrairement à ce que la Tunisie a prétendu, les remarques et les amendements qu’elle proposait avaient été inclus dans le document par la commission de rédaction“.
Quant à la condamnation de l’assassinat du Cheikh Ahmed Yassine – également à l’ordre du jour -, il est difficile de supposer des divergences des pays arabes sur ce sujet-là. D’ailleurs, les Palestiniens qui attendaient beaucoup d’une condamnation ferme des agressions israéliennes contre les territoires occupés sont les premières victimes de ce report.
“Je crains que le report n’ait des conséquences dangereuses, puisqu’il intervient après l’assassinat de Cheikh Yassine et le véto américain au Conseil de sécurité de l’Onu contre une résolution condamnant cet assassinat“, a déclaré le ministre palestinien chargé des Négociations avec Israël, Saëb Erakat.
Si les ministres arabes étaient sur le point de trouver un accord sur les réformes et que la condamnation de la politique agressive d’Israël faisait l’unanimité, que s’est-il passé ce samedi soir pour que le président tunisien décide d’opérer un fait sans précédent dans les annales de la Ligue arabe ? La presse tunisienne fait ses grands titres sur l’opposition de certains pays arabes “au modernisme“. Elle ne souffle pas toutefois le moindre mot sur les chefs d’Etat arabes dont certains ont déclaré forfait. Quelles que soient les raisons de ce report, il meurtrit les populations arabes dans leur amour- propre. Des manifestants sont déjà sortis en Egypte pour dénoncer les mains invisibles de puissances étrangères, responsables de l’échec des pays arabes.

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