L’imam qui en sait trop

Étonnante communication téléphonique que celle interceptée par les services de renseignement italiens la nuit même des attentats-suicide du 16 mai. Un Marocain de Casablanca a appelé un de ses compatriotes installé à Milan du nom de Mohamed El Mahfoudi. Celui-ci fait office d’imam dans la mosquée de Gallarante à Milan. Le quotidien italien «la Repubblica» a publié dans son édition du mercredi 25 juin un extrait de cette conversation qui tourne autour des attaques terroristes qui ont visé le Maroc. M. Mahfoudi a été appelé par un ami depuis Casablanca qui lui a demandé d’entrée de jeu s’il connaissait le nombre des morts des attentats… Au bout du fil, la personne de Casablanca semblait inquiète à cause des arrestations opérées déjà dans les milieux des responsables des opérations terroristes (et de citer des noms que le journal italien n’a pas publiés). D’où son conseil à son interlocuteur de “suspendre la mission“ et de se raser «au moins la barbe». Mais la réponse du prédicateur montre qu’il était déterminé à aller jusqu’au bout au nom de “la volonté de Dieu“. Natif d’Agadir, l’imam Mohamed El Mahfoudi, 38 ans, n’aura pas l’occasion de poursuivre sa “mission“. Il a été arrêté par les autorités italiennes à la suite d’une perquisition opérée dans la mosquée où il officie depuis plusieurs années.
L’intéressé va bientôt comparaître devant la justice sous différents chefs d’accusation : association de malfaiteurs destinée au soutien et au financement du terrorisme islamiste, fausses factures, soutien à l’immigration clandestine, recel de faux et trafic illégal de voiture“. Cet appel téléphonique prouve si besoin est que les attentats de Casablanca étaient planifiés à partir de l’étranger même si les candidats au suicide qui sont passés à l’action ou ceux restés en réserve, sont tous des citoyens marocains résidents au Maroc. Mohamed El Mahfoudi est fortement soupçonné d’être un financier d’Al Qaïda. Le fait qu’il soit au courant des attentats de Casablanca fait de lui une pièce maîtresse de l’affaire. Quel rôle a-t-il joué dans les événements tragiques du 16 mai ? À quelle “mission “ a-t-il fait allusion lors son entretien téléphonique ? Apparemment, il en sait trop. Les autorités marocaines doivent demander l’extradition de cette grosse prise.
En attendant, les éléments en possession des enquêteurs privilégient la piste d’un réseau terroriste international qui s’est appuyé sur des Marocains installés dans certains pays européens pour préparer leurs projets barbares sur le plan logistique et financier. Ces Marocains passés pour certains d’entre eux par les camps d’Afghanistan font partie de la légion arabe de Ben Laden. Selon toute vraisemblance, les “combattants“ marocains furent chargés de réactiver les relais de la Salafia Jihadia au Maroc ( Abdelhak Bentassir, alias «Moul Sebbat», présenté comme l’émir national ) lesquels sont entrés en action à leur tour pour recruter la “chair à canon“ également locale mais pas fichée par la police. Un modus operandi à la manière d’Al Qaïda qui fait appel aux ressortissants du pays visé pour les volets aussi bien de l’approche et du financement que du recrutement et de l’embrigadement. Mais quel est l’ordonnateur en chef de ce processus terroriste ?  L’enquête menée jusqu’ici tous azimuts n’a pas encore permis d’identifier les commanditaires de la quintuple attaque de Casablanca. Si certaines sources font état de la non–implication du Français Robert Pierre dans ces attaques, il est considéré comme étant le superviseur des attentats qui devaient viser d’autres villes du Royaume. Le Français, appelé également «Abou Abderrahmane », et que les ouailles de la Salafia Jihadia ont adoubé l’année dernière “émir de Tanger“, était en contact pour sa mission au Maroc avec les membres marocains de la Salfia Jihadia de Ben Laden, particulièrement actifs dans certains pays européens comme l’Espagne, la France, la Belgique, l’Italie et l’Allemagne. Une véritable toile d’araignée aux ramifications complexes que les services de renseignement européens ont du mal à démanteler.
La complexité de la situation tient notamment à la capacité d’adaptation et de régénération de ces réseaux dont les chefs ont des viviers inépuisables de “candidats au suicide“ au nom du Jihad contre les régimes arabes “impies“ et l’Occident “mécréant“. S’il est désormais sûr que les attentats du 16 mai portent la signature d’Al Qaïda, il n’en reste pas moins que l’organisation de Ben Laden est devenue une espèce de marque de fabrique utilisée dans n’importe quel pays du monde par n’importe quel groupe terroriste se réclamant de l’idéologie meurtrière du milliardaire saoudien.
Celui-ci a fait des adeptes un peu partout dans le monde. À l’instar des théoriciens de la Salafia Jihadia au Maroc comme Abou Hafs et Mohamed El Fizazi, l’imam Mohamed El Mahfoudi considère certainement que Ben Laden est un héros qui a “tout transcendé pour la gloire de Dieu“ et qui mérite pour cela vénération et obéissance…

Laissez un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *