L’inaccessible porte de l’île des merveilles

Lampedusa est le nom bien romantique qui fait partie des îles Pelagie. Cet archipel est composé de trois îles : Lampedusa, Linosa et Lampione. Sa particularité réside dans le fait qu’il est plus proche de l’Afrique que de la Sicile (205 km de la Sicile et 113 km de la Tunisie) ! Véritable paradis des plongeurs, et des amateurs de sports nautiques, l’île est devenue depuis quelque temps le point de chute privilégié de milliers d’immigrés clandestins venus de tous bords. Le dernier épisode de ces arrivés en masse n’est autre que le naufrage d’une soixantaine de clandestins, essentiellement marocains, qui se sont noyés le week-end du 2 octobre entre la Tunisie et les côtes italiennes.
Au début, les autorités se limitaient à transférer les nouveaux arrivants vers d’autres centres d’accueil du sud de la péninsule ou de la Sicile. Mais face au déferlement massif de clandestins sur cette île, les autorités italiennes ont opté pour la manière forte. Déjà, l’Italie presse depuis plus d’un an la Libye à réprimer les marchands de clandestins opérant sur ses côtes. Au mois de juillet, le gouvernement italien signe avec son homologue libyen un accord stipulant des mesures concrètes pour la lutte contre l’immigration clandestine. Aux termes de cet accord, « l’Italie s’engage à apporter aux autorités libyennes toute l’assistance possible ». Le document prévoit aussi la possibilité de « mener des enquêtes conjointes par les services spécialisés des deux pays afin de lutter contre les organisations criminelles » qui supervisent le trafic d’êtres humains. L’accord prévoit également la possibilité de renvoyer vers la Libye des centaines de nouveaux arrivants tout juste débarqués.
Depuis le début du mois, les autorités entament sans arrêt les expulsions collectives par avion.
Le but recherché est de montrer aux concernés (les clandestins) qu’un retour immédiat et sans possibilité de recours les attend désormais à leur arrivée. Dans ce dessein, l’Italie a affrété une dizaine de vols pour renvoyer en Libye des personnes arrivées illégalement par la mer. Mais ces opérations suscitent en Italie une vive polémique. Plusieurs associations de défense de droits de l’Homme et des partis de gauche ont dénoncé ce qui s’apparente à des rapatriements collectifs interdits par les conventions internationales, dont l’Italie est signataire. Parallèlement, ni les sommes exorbitantes qu’ils payent aux trafiquants ni les dangers de la traversée ne semblent décourager les immigrants fuyant la misère et l’insécurité dans le continent noir. De l’autre côté de la Méditerranée, l’épisode de Lampedusa a surtout alimenté un débat pour le moins vicieux sur l’opportunité de créer des «centres de traitement» des demandeurs d’asile dans les pays de transit, notamment au Maghreb. L’Allemagne, par la voix de son ministre de l’Intérieur, Otto Schily, a été la première à proposer à ses homologues de l’UE la création de ces centres, une proposition qui n’a pas manqué depuis de diviser les Européens. L’Italie, et quelques pays nordiques se sont ralliés à la proposition allemande alors que la France, l’Espagne, la Belgique et les pays du Maghreb ont affiché leur hostilité à l’idée d’ouvrir de « nouveaux Sangatte » en terre d’Afrique. En attendant, les naufrages se poursuivent sur la route de la petite île-porte de l’Eldorado. Cruel.

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